Dans la cuisine, papa rit. Une chaise racle. Maman dit quelque chose que je n’entends pas d’ici. Je la fais répéter.
« Tu vas chercher ta sœur. »
J’ai dit « ouais ». Je suis monté. J’ai encore le bruit de la casserole dans l’oreille quand je pose le pied sur la première marche.
Le palier est plus sombre que la cage. Les chambres alignées, les portes sont rarement fermées; celle de Léa n’est pas ne fait pas exception. Elle ne l’est presque jamais.
J’allais toquer, mais je ne l’ai pas fait.
D’abord le son, une respiration trop courte. Trop haute. Coupée trop près de la gorge pour quelqu’un qui lit, ou qui parle au téléphone. Un frottement ensuite, régulier. Je m’arrête…
Je reste dans le rectangle sombre du couloir, une main encore en l’air, à hauteur de la porte. L’entrebâillement suffit. Un doigt de lumière. Le chambranle. Le lit.
Léa.
Elle est allongée, un genou plié, le t-shirt remonté sur le ventre. Pas de short, la culote seulement à moitié baissée. La main droite s’agite, les doigts trop occupés pour que je me trompe.
Je vois son sexe, comme il y a trois sans, lisse, brillant et visiblement humide.
Je bande avant d’avoir le temps de décider si je dois partir.
Ma queue s’allonge dans mon caleçon, lourde, déjà dure, coincée contre le short. J’avale ma salive. Je ne rentre pas. Je ne recule pas non plus.
En bas, papa rit encore.
Léa écarte un peu plus les genoux. L’autre main a glissé sous le t-shirt. Un son trop aigu se perd dans le coton.
Je glisse la main dans le short, sous le caleçon. Je ne peux pas tirer le tissu. Pas ici. Pas avec l’escalier derrière moi. Alors je me branle comme ça, le poing prisonnier, le short qui bouge à peine. Chaque va-et-vient est trop petit.
Je la regarde. Les lèvres brillent. Les doigts de ma sœur glissent, reviennent plus haut, s’attardent. Son bassin se soulève.
J’accélère d’un cran. Le coton frotte. Trop fort. Je me force à ralentir.
En bas, une casserole.
Léa se fige.
Les doigts encore sur elle. Le t-shirt encore relevé. Je m’arrête net, la bite en main, le souffle coupé comme si le bruit pouvait me désigner. Une seconde. Deux. Personne ne monte. La maison reprend son bruit habituel.
Elle reprend.
Plus pressée. Deux doigts le long des lèvres, le pouce plus haut. Je reprends avec elle, malgré moi, le poing court, le gland qui glisse contre ma propre paume dans l’étroitesse du caleçon. J’ai envie de gémir. Je ne gémis pas. Je pose l’autre main contre le chambranle, les doigts écartés, pour ne pas avancer.
Léa se cambre.
Je la vois jouir. Ses cuisses tremblent, sa main reste collée. La bouche ouverte contre l’oreiller, un hoquet, plus rien.
Je devrais partir maintenant. Toquer. Dire le repas est prêt.
Je ne pars pas. Une vague de jouissance me prend à mon tour. Les hanches poussent dans le vide. Le sperme sort par saccades, chaud, prisonnier, à l’intérieur du caleçon déjà trop juste. Ça mouille. Ça colle.
Le parquet craque.
Un seul son. Court. Net. Sous mon pied gauche.
Je me fige, encore en train de venir, la main crispée autour de moi. Le craquement reste suspendu dans le couloir. En bas, personne ne réagit. Dans la chambre, Léa laisse sa main où elle est encore un moment, juste posée, chaude. Puis elle retire les doigts. Les regarde. Les essuie contre le drap.
Je sors la main du short. Trop tard pour que ce soit propre. Le tissu du caleçon est plaqué, la queue encore longue, encore dure, qui ne redescend pas. Je me rajuste mais mal.
Trois secondes.
Je toque.
Deux coups. Pas trop fort. La voix me revient ensuite : « Léa. C’est prêt. »
Derrière la porte, un froissement. Le t-shirt qui redescend et la culotte qui remonte. Un pied au parquet. Elle ne répond pas tout de suite
L’entrebâillement s’élargit d’un cran. Léa est là, dans le cadre, trop proche tout d’un coup. Joues rouges, cheveux un peu collés à une tempe. Le t-shirt mal remis, La culotte de travers.
Elle lève les yeux sur moi.
Puis elle les baisse.
Je le vois. Je ne peux pas ne pas le voir : le regard qui tombe pile où le short est trop tendu, où le coton dessine encore la longueur, où la tache commence à se deviner si on sait regarder. Et elle sait regarder.
Elle reste une seconde de trop sur l’entrejambe. Ensuite seulement elle remonte jusqu’à mon visage.
J’ai le sourire en coin. Trop tard. Trop mince.
« On mange » dis je.
Elle déglutit. Sa voix arrive basse, un peu cassée, comme si elle sortait d’une sieste.
« J’arrive. »
Elle ne bouge pas. Moi non plus. L’épaisseur de la porte entre nous. Je sens ma propre bite encore dure contre la cuisse, le caleçon mouillé.
Léa passe la langue sur sa lèvre inférieure. Un geste minuscule. Elle referme un peu la porte, pas tout à fait, assez pour couper le rectangle de lit derrière elle.
« Deux minutes. »
« Ok. » dis je, je redescends; vite, trop vite… derrière moi aucun pas, mais la certitude que quelque chose c’est passé.