Journal intime d’une famille particulière : Chapitre 1 – Léa

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Publié par Kkq46

Temps de lecture : ~ 13 min

J’ai vingt-deux ans et la chaleur de la maison m’a rattrapée comme un vieux réflexe.

Je suis étendue sur le lit, porte entrouverte sur le couloir, un genou plié, le t-shirt remonté sur le ventre. En bas, papa rit. Une casserole. Le pas trop lourd de maman. Rien d’extraordinaire. Rien qui devrait me ramener là-bas.

Pourtant c’est la toile que je sens d’abord. la toile de la tente, chaude, un peu rêche, collée contre l’avant-bras. L’odeur de crème solaire et de terre sèche.

Je ferme les yeux; j’ai dix-neuf ans.

Notre tente était plantée à trois mètres de celle des parents. Un rectangle orange trop bas, deux matelas gonflables qui se touchaient, un désordre de sacs, de serviettes et de tongs. L’après-midi écrasait le camping. Quelqu’un criait près des toboggans. Une radio crachait deux mesures, puis plus rien.

Maman s’était penchée sous le rabat, lunettes sur le nez, sac à l’épaule.

« On prend le pain et de quoi faire un barbecue ce soir. Vous ne bougez pas. »

Papa est derrière elle, déjà en short et en claquettes : « Une heure, une heure et demie. Si vous allez à la piscine, vous laissez un mot. »

Antoine a levé le pouce sans se redresser. J’ai murmuré un ouais contre mon avant-bras. La voiture a toussoté sur le gravier. Puis le silence est redescendu, épais, troué seulement par les voisins.

J’avais gardé le t-shirt de bain encore un peu humide, le short en coton. Une mèche collait à ma tempe. Ce n’était pas tout à fait une sieste. C’était cette torpeur où on n’a plus envie de parler, où on laisse les paupières lourdes et on écoute le monde sans y entrer.

Lui n’arrivait pas à tenir en place. Je l’entendais changer d’appui, souffler, gratter une étiquette de bouteille. Puis plus rien. Juste sa respiration.

J’ai compris avant d’ouvrir les yeux.

Le tissu d’abord. Ce frottement court, régulier, trop soigneux pour un moustique. Ensuite le souffle, coupé trop haut dans la gorge. Ensuite cette petite humidité dans le bruit — peau contre peau.

Je n’ai pas bougé.

J’ai seulement écarté les cils d’un millimètre.

Il était allongé sur le côté, dos presque à la paroi, short baissé jusqu’aux cuisses. La main droite autour de sa queue. Longue, déjà dure, la tête luisante. L’autre main plaquée contre son ventre, comme pour se retenir d’aller plus vite. Une ligne de poils sous le nombril. Le pubis plus fourni que le torse. Le visage un peu plissé, concentré, convaincu que je dormais.

J’ai senti la chaleur me monter aux joues. Pas seulement de la gêne. Autre chose, plus bas, plus bête, qui n’avait pas de nom dans cette tente.

Je l’ai laissé faire encore un moment. Assez pour voir le rythme s’installer. Assez pour qu’il croie que c’était gagné.

Puis, sans changer de voix, presque gentiment :

« Tu te crois discret ? »

Il a sursauté comme si on l’avait frappé. Sa main a lâché. Il a tiré le short d’un geste trop rapide, raté, la bite encore sortie, battant contre le tissu.

« Putain — Léa. »

« C’est moi, ouais. »

Il s’est assis d’un coup, les oreilles rouges, un rire nerveux coincé dans la bouche.

« Je croyais que t’étais… »

« Je sais ce que tu croyais. »

Je me suis redressée sur un coude. Il a baissé les yeux, les a relevés, les a baissés encore.

« C’est la chaleur », a-t-il dit.

« La chaleur te met la main dans le short, maintenant. »

« Arrête. »

« C’est toi qui arrêtes… »

Il a passé une main dans ses cheveux. Le sourire en coin est revenu, plus fragile qu’à l’habitude, mais déjà là. Celui qui transforme une connerie en jeu.

« T’as regardé longtemps ? »

J’ai haussé les épaules.

« Assez. »

Un enfant a couru entre les tentes. On s’est tus. Les pas se sont éloignés. Dans la toile orange, la lumière était sale, épaisse, elle collait à la peau.

Il a tiré un peu sur son short, sans le remonter vraiment.

« Tu te souviens, quand on s’en foutait ? »

« De quoi. »

« De se voir. Tout nu. Comme avant. Quand on était petits. »

J’ai soufflé par le nez.

« On a plus dix ans, Antoine. »

« Je dis pas qu’on a dix ans. Je dis juste… » Il a tapoté le matelas entre nous, ce rien d’espace. « Qu’on est tout seuls. Que c’est con de faire comme si on savait plus à quoi on ressemble. »

« Non. »

« Léa. »

« Non. »

Il s’est penché un peu, les coudes sur les genoux, cette voix qu’il utilisait pour me faire rire depuis toujours.

« Je te montre. Toi tu montres. Deux minutes. Après on remet les fringues et on dit que t’as gagné à me chambrer. »

« Et si quelqu’un passe. »

« Personne passe. Papa et maman sont au Leclerc. Papa va chialer sur le prix des saucisses pendant vingt minutes. »

J’ai eu un vrai petit rire. Ça m’a ennuyée d’avoir ri.

« T’es con. »

« Possible. »

J’ai regardé la fermeture de la tente. Le curseur n’était pas jusqu’en bas. Un triangle d’herbe, de gravier, de lumière. J’ai tendu le bras, tiré la tirette. La tente s’est refermée. L’air est devenu plus étroit.

J’ai dit, très bas :

« Deux minutes. »

Il n’a pas triomphé à voix haute. Il a juste eu cette étincelle trop claire dans les yeux. Il s’est mis à genoux pour ne pas se taper la tête contre l’armature, a attrapé son t-shirt à deux mains, l’a jeté vers les sacs. Le short a suivi. Il s’est retrouvé nu plus vite que moi, déjà bandé à nouveau, la queue longue le long de la cuisse puis se redressant toute seule, sans pudeur.

J’ai détourné les yeux une seconde. Puis j’ai regardé.

Il n’avait presque pas de poils sur le torse. Juste cette ligne. Les hanches d’un garçon qui nageait trop. Le sexe plus imposant que je ne l’avais calculé.

« À toi », a-t-il dit.

J’ai mâché l’intérieur de ma joue. Puis j’ai croisé les bras, tiré le t-shirt par-dessus ma tête. mes seins petits, fermes, les pointes déjà un peu tendues. J’ai ouvert le short, je l’ai fait glisser avec la culotte d’un seul geste, maladroitement, parce que l’espace manquait, parce qu’un genou a cogné le sien.

Je me suis assise, les cuisses serrées. Mon sexe entièrement rasé, net, presque trop net dans cette lumière orange. J’ai mis une main devant, par réflexe. Il a suivi le geste des yeux.

« Tu te caches encore. »

« J’ai dit deux minutes. J’ai pas dit que j’allais poser pour toi. »

« T’es… » Il a cherché le mot. « T’es trop lisse. »

« Ferme-la. »

On est restés comme ça, à un matelas l’un de l’autre, nus, le camping entier autour de nous et personne pour voir. Je sentais mon propre souffle trop court. Entre mes cuisses, une chaleur précise, humide, que j’aurais voulu ignorer.

Il a parlé sans avancer.

« Je peux toucher ? »

J’ai d’abord cru que je n’avais pas entendu.

« Quoi. »

« Toucher. Toi. Juste… »

J’ai dégluti. Mes doigts, encore posés sur mon pubis, se sont un peu écartés, sans que je le décide vraiment.

« Où. »

« Je sais pas. Là. Si tu veux. »

Un silence.

« Vas-y », ai-je dit. « Mais tu t’arrêtes si je te le dis. »

« Je m’arrête si tu dis. »

Il s’est rapproché à genoux. La tente a craqué. Sa main a d’abord trouvé mon épaule, la peau chaude, puis le haut du bras, comme s’il apprenait encore le chemin. Je n’ai pas reculé. J’ai seulement baissé les yeux sur ses doigts à lui, plus grands, un peu tremblants.

Il a descendu jusqu’à la taille. Le pouce a suivi la courbe. Puis il a posé la paume sur mon sein, tout entier presque dans la main, et j’ai ouvert la bouche sans sortir de son.

« C’est bon ? »

J’ai hoché la tête. Une fois.

Il a frotté le mamelon du plat du pouce. Lent. Trop attentif pour un garçon qui, cinq minutes plus tôt, se branlait en croyant que je dormais. L’autre sein ensuite. Je sentais ma propre poitrine se tendre, petite, trop sensible. J’ai écarté les genoux d’un centimètre. Il a vu… Évidemment qu’il a vu.

Sa main a glissé sur mon ventre puis à mes hanches,jusqu’à l’intérieur de ma cuisse. Il s’est arrêté au ras du pubis rasé, les doigts en question.

J’ai murmuré :

« Vas-y. »

Il a touché les lèvres d’abord, l’extérieur. Un doigt a trouvé l’humidité. Il a soufflé un putain trop bas, presque pour lui. J’ai fermé les yeux. j’ai ouvert les jambes. Juste assez. Il a remonté jusqu’au clitoris, maladroit, trop direct, puis il a corrigé, plus petit, plus circulaire.

J’ai attrapé son poignet.

Il s’est figé.

Je n’ai pas écarté sa main. Je l’ai seulement ralentie. Posée comme je voulais. Puis j’ai lâché.

« Comme ça. »

« Okay. »

Il s’est branlé de l’autre main sans vraiment s’en cacher, la queue longue, tendue, le gland déjà mouillé. Je regardais malgré moi : le va-et-vient, le bas-ventre qui se contractait, son regard fixé entre mes cuisses comme s’il n’allait plus pouvoir lever la tête.

Dehors, une voix d’homme. Trop près. On s’est arrêtés d’un coup, souffle coupé, sa main encore sur moi. Les pas ont longé le hauban. Un rire. Puis plus rien.

J’ai eu un hoquet de rire nerveux contre sa clavicule.

« T’es dégueulasse », ai-je dit, sans force.

« Toi aussi tu mouilles. »

Je n’ai pas répondu. Ce n’était pas la peine.

Il a repris. Doigts sur moi, plus assurés maintenant, glissants. La main gauche plus vite sur sa bite. Je sentais le tremblement me monter dans les cuisses, pas encore une vague, plutôt une pression qui s’accumulait, honteuse, bonne. Je me suis appuyée sur les deux mains, derrière moi, le dos un peu cambré, mes seins offerts.

Il s’est penché, le front presque contre mon épaule. Il caressait plus fort, plus mouillé, deux doigts glissant le long de la fente sans entrer, le pouce sur le clitoris. Sa propre main allait trop vite. Il a gémi contre ma peau.

« Léa— »

« Chut. »

Il a joui comme ça, en me touchant encore, les hanches poussées en avant dans le vide. Le sperme est sorti par saccades, sur son poignet d’abord, puis sur ma cuisse, une goutte, une autre, blanche et chaude, sur ma peau trop claire. Il a continué de me caresser pendant que ça sortait, mal, trop fort, jusqu’à ce que je lui pince le poignet pour de bon.

« Stop. Stop. »

Il s’est arrêté. La main brillante, la queue encore en train de donner un dernier soubresaut. Tous les deux à genoux et à bout de souffle dans deux mètres carrés de toile.

J’ai regardé la tache sur ma cuisse. Je n’ai pas essuyé tout de suite. Il a cherché un t-shirt, n’importe lequel, a tamponné d’un geste gauche, trop tard.

« Désolé. »

« T’es pas désolé. »

Il a eu ce sourire. Plus petit.

« Non. »

On s’est rhabillés trop vite. Mon short à l’envers. Son t-shirt à l’envers aussi. On a ri un peu. J’ai rouvert la tente d’une fente, assez pour l’air, pas assez pour qu’on voie.

Sur le gravier, encore aucune voiture.

Il s’est allongé sur le dos, un bras sur les yeux.

« On dit rien. »

Je me suis recouchée de mon côté, le short encore un peu humide à l’entrejambe.

« T’étais pas discret, c’est tout. »

Il a tourné la tête vers moi. Je n’ai pas tourné la mienne. Mais je savais qu’il regardait.

Trois mètres plus loin, la tente des parents claquait dans le vent. Rien n’avait l’air d’avoir bougé. Tout avait bougé.

Je n’ai pas joui, ce jour-là. Je m’en souviens trop bien. Lui si.

J’ouvre les yeux. Vingt-deux ans. Le plafond de ma chambre. En bas, papa rit encore. Une chaise racle le carrelage. Maman dit quelque chose qu’on n’entend pas

La porte n’est pas fermée, mais je sais que je suis seule en haut et j’ai trop envie.

J’écoute encore une seconde. Le rire de papa s’éloigne vers le salon. La maison reprend son bruit habituel.

Je glisse la main sous l’élastique, fait glisser ma culotte. Je suis toujours rasée, comme dans la tente.

Les doigts trouvent la fente sans chercher. Chaude. Humide. l’index est déjà contre le clitoris, déjà ce petit cercle que j’avais appris à Antoine d’un poignet serré, il y a trois ans, dans deux mètres carrés de toile orange.

Je revois sa queue. Longue. La tête luisante. Le « Léa— » trop près de mon épaule. Le sperme sur ma cuisse, blanc, trop visible.

J’écarte un peu les genoux. Pas largement. Juste assez, comme dans la tente. L’autre main remonte sous le t-shirt, prend un sein, petit, ferme, le mamelon déjà tendu. Je me pince à peine. Ça me coupe le souffle.

En bas, une casserole. Je me fige, les doigts encore sur moi, la porte entrouverte sur le rectangle sombre du couloir. Personne. Je reprends, plus pressée maintenant, deux doigts le long des lèvres, le pouce plus haut, le bassin qui se soulève malgré moi vers ma main qui n’est pas la mienne dan smon exprit.

Le rythme s’installe, court, régulier. Les talons rentrent dans le drap. Je tourne la tête contre l’oreiller pour étouffer le son.

Je pense à sa voix. Je peux toucher ?Je pense à la mienne. Vas-y. Mais tu t’arrêtes si je dis.

La vague arrive bas, serrée, honteuse, bonne. Je me cambre, les cuisses tremblantes, la main collée, les doigts trop mouillés. Je jouis en silence, la bouche ouverte contre le coton de l’oreiller, les yeux fermés sur la toile orange, sur la tache au haut de ma cuisse, sur Antoine à genoux qui me regardait comme s’il n’allait plus pouvoir lever la tête.

Ça redescend lentement. Par saccades. Je laisse ma main où elle est encore un moment, juste posée, chaude.

En bas, papa rit encore.

Dans le couloir, le parquet vient de craquer. Un seul son. Court. Net.

Quelqu’un est là.

Je retire les doigts. Je les regarde. Je les essuie contre le drap. Le t-shirt redescend mal. La culotte est de travers, l’élastique tordu sur une hanche.

Deux coups. Pas trop fort.

« Léa. C’est prêt. »

J’arrive dis je… 

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