Trois heures de route dans les jambes, un hôtel réservé à la dernière minute et, devant moi, une table couverte de plans, de coupes et de détails techniques.
L’architecte parle planning.
Le conducteur de travaux explique pourquoi ce qui devait être terminé ne l’est pas.
L’entreprise de plâtrerie défend une variante qui, évidemment, n’a jamais été validée.
Moi, je suis là pour parler acoustique.
Enfin… j’essaie.
Parce qu’assise légèrement en face de moi, juste à côté de l’architecte, il y a elle.
Une brune.
Cheveux sombres posés sur les épaules. Regard brun, franc. Un visage doux auquel un sourire suffit pour donner tout autre chose.
Et des courbes généreuses qu’elle ne cherche ni à cacher ni à mettre artificiellement en avant.
Mais ce n’est pas seulement ça qui me déconcentre.
C’est sa façon de regarder.
Lorsqu’elle pose une question, elle ne regarde pas le plan.
Elle regarde celui qui répond.
Et pour le moment, celui qui répond, c’est moi.
– Pour le doublage côté circulation, vous confirmez qu’on conserve cette composition ?
Ses yeux restent dans les miens.
– Oui. Mais avec la laine sur toute hauteur et sans liaison rigide avec le support.
– D’accord.
Elle note quelque chose.
Puis relève les yeux.
Un petit sourire.
À peine visible.
Je retourne vers mes plans.
Concentration.
Quelques minutes plus tard, je dois expliquer un détail de plafond.
Elle se lève et vient près de moi.
Son parfum arrive avant que son bras ne frôle le mien.
Elle se penche sur la coupe.
– Donc là, si l’entreprise fixe directement dans la structure, on perd l’intérêt du système ?
– Exactement.
– J’apprends vite.
– Je vois ça.
Elle tourne la tête vers moi.
Je fais la même chose.
Nos visages sont proches.
Pas assez pour que quelqu’un autour de la table remarque quoi que ce soit.
Mais suffisamment pour que nous le remarquions tous les deux.
Elle ne recule pas immédiatement.
Moi non plus.
Puis quelqu’un me pose une question.
Je me redresse.
Elle aussi.
Et la réunion continue.
Enfin, officiellement.
Parce qu’à partir de là, ça devient un jeu parfaitement idiot.
Un regard quand quelqu’un d’autre parle.
Un sourire retenu.
Une question adressée à toute la table dont je sais très bien qu’elle attend surtout ma réaction.
À un moment, elle mordille distraitement le bout de son stylo.
Je détourne les yeux.
Elle le voit.
Bien sûr qu’elle le voit.
Son sourire s’élargit.
Merde.
Quand la réunion se termine enfin, tout le monde rassemble ses affaires.
– Vous reprenez la route ce soir ? me demande l’architecte.
– Non. Hôtel. Je repars demain matin.
– Pareil pour nous.
Je tourne légèrement la tête vers elle.
Elle range son ordinateur dans son sac.
Sans me regarder.
Mais elle sourit.
Quelques heures plus tard, je suis seul dans ma chambre.
J’ai mangé rapidement au restaurant de l’hôtel.
Douche.
T-shirt.
Short.
Télévision allumée sans vraiment la regarder.
J’ai même ouvert mon ordinateur avec la ferme intention de rédiger mon compte rendu.
J’ai tenu une vingtaine de minutes.
Puis j’ai abandonné.
J’ai surtout besoin de dormir.
Du moins c’est ce que je me raconte.
Je sors chercher une bouteille d’eau au distributeur au bout du couloir.
Au moment où je referme ma porte, celle située juste à côté s’ouvre.
Je tourne la tête.
Elle.
Cheveux détachés maintenant.
Jean.
Petit haut noir.
Pieds nus.
Nous regardons nos deux portes.
Puis leurs numéros.
Puis l’un l’autre.
– Sérieusement ?
Je ris.
– Apparemment.
Elle pose une main contre le mur séparant nos chambres.
– Toute cette route pour découvrir que l’acousticien dort à cinquante centimètres de moi.
– Techniquement, il y a une cloison.
– Bonne ?
Je regarde le mur.
– J’espère.
Elle rit.
Sans l’architecte, les entreprises et la table de réunion autour de nous, son regard est différent.
Plus libre.
Le mien probablement aussi.
– Bonne nuit alors, monsieur l’acousticien.
– Bonne nuit.
Elle rentre dans sa chambre.
Je repars vers le distributeur.
Puis je l’entends rouvrir sa porte.
– Au fait…
Je me retourne.
– Oui ?
Elle hésite.
Me regarde.
– Rien.
Et disparaît.
Je reste une seconde immobile dans le couloir.
Très bien.
Parfait.
Je vais dormir.
Évidemment.
Trois petits coups contre ma porte.
Je regarde l’heure.
23 h 47.
Je sais.
J’ouvre.
Elle est là.
Même tenue.
Cheveux toujours détachés.
Mais elle n’a plus du tout le même regard.
– Je te dérange ?
– Non.
– Tant mieux.
Elle entre.
Je referme la porte derrière elle.
Et pendant quelques secondes, personne ne dit rien.
Toute la tension de la journée est là.
Dans cette chambre.
Entre nous.
Elle me regarde de la tête aux pieds.
– T’étais déjà couché ?
– Presque.
– Désolée.
– Tu n’as pas vraiment l’air désolée.
Son sourire apparaît.
Elle fait un pas.
Puis un autre.
Et pose une main à plat contre mon t-shirt.
Juste au milieu de mon torse.
– Tu me regardais cet après-midi.
– Oui.
Elle hausse légèrement les sourcils.
– Au moins, c’est clair.
– Toi aussi.
– Beaucoup.
Cette réponse-là me surprend davantage.
Elle attrape légèrement le tissu de mon t-shirt entre ses doigts.
– J’avais envie de savoir si j’avais imaginé tout ça.
– Et ?
Elle se rapproche encore.
– Je sais pas encore.
Puis elle m’embrasse.
Sans prévenir.
Mais pas avec cette urgence qu’on pourrait attendre après une journée entière à se chercher.
Le premier baiser est presque doux.
Quelques secondes.
Ses lèvres contre les miennes.
Une question.
Puis elle recule à peine.
Me regarde.
Et revient.
Cette fois, ce n’est plus une question.
Mes mains trouvent sa taille.
Je la ramène contre moi.
Ses bras passent autour de mon cou.
Je retrouve son parfum.
Sa chaleur.
Ses formes contre moi.
Tout ce que j’avais essayé de ne pas trop regarder autour de cette foutue table de réunion est maintenant là, contre mon corps.
Elle sourit contre mes lèvres.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– J’avais imaginé ?
Je l’embrasse de nouveau.
– Pas vraiment.
Elle rit doucement.
Puis le rire disparaît lorsque mes lèvres quittent les siennes.
Sa joue.
Sa mâchoire.
Son cou.
Elle incline la tête.
Ses doigts remontent dans mes cheveux.
Je sens sa respiration se modifier.
Elle se rapproche encore.
Comme si elle cherchait naturellement davantage de contact.
Mes mains suivent sa taille.
Ses hanches.
Son dos.
Elle me laisse faire.
Puis finit par tirer légèrement sur mon t-shirt.
Je le retire.
Elle recule d’un demi-pas.
Son regard descend.
Lentement.
Sur mes épaules.
Mon torse.
Mon ventre.
Puis remonte.
Je souris.
– Quoi ?
– Rien.
Elle pose simplement les mains contre moi.
– J’avais envie de voir.
Pas de commentaire.
Pas de compliment fabriqué.
Juste ses mains qui restent là.
Puis elle revient m’embrasser.
Je passe mes doigts sous le bord de son haut.
Elle lève les bras sans quitter mes yeux.
Le vêtement rejoint le mien au sol.
Et pendant quelques secondes, on ne fait rien.
On se regarde.
Il y a toujours quelque chose d’étrange dans ce moment.
Quelques heures auparavant, nous étions deux inconnus assis autour d’une table de chantier.
Maintenant, elle est devant moi.
La peau déjà légèrement rosée.
Les cheveux détachés.
Et derrière l’assurance, je distingue cette petite hésitation qui rend la scène infiniment plus troublante.
Je pose une main contre sa joue.
– T’es magnifique.
Cette fois, elle ne plaisante pas.
Son regard s’adoucit.
– Embrasse-moi.
Je m’exécute.
Elle recule doucement vers le lit.
M’entraîne avec elle.
Nous nous asseyons au bord.
Puis je retrouve son cou.
Son épaule.
Sa peau.
Je descends lentement.
Sans précipitation.
Elle me regarde faire.
Ses doigts viennent se perdre dans mes cheveux.
Et lorsqu’elle exerce une légère pression derrière ma nuque, je comprends ce qu’elle veut sans qu’elle ait besoin de le demander.
Je continue.
Plus bas.
En prenant mon temps.
Sa respiration devient plus courte.
Elle ferme les yeux.
Ses doigts se crispent légèrement.
Un premier soupir lui échappe.
Puis un deuxième.
Elle essaie encore de retenir les suivants.
Pas longtemps.
– Putain…
Je relève les yeux vers elle.
Ses joues sont rouges maintenant.
Son assurance s’est fissurée juste assez pour laisser apparaître autre chose.
– Ne t’arrête pas.
Je n’avais pas l’intention de le faire.
Alors je prends encore plus mon temps.
J’écoute davantage ses réactions que ses mots.
La façon dont sa main se serre.
Les petits mouvements involontaires de son corps.
Sa respiration qui se brise lorsque je trouve exactement ce qu’elle attendait.
Elle finit par oublier complètement la chambre voisine.
Et probablement l’hôtel entier.
Son souffle devient plus désordonné.
Ses doigts se referment dans mes cheveux.
Puis son corps se tend.
Un premier frisson.
Plus fort que les autres.
Puis plusieurs secousses brèves la traversent.
Elle tente d’étouffer ce qui lui échappe.
Sans beaucoup de succès.
Je reste près d’elle jusqu’à sentir la tension retomber doucement.
Elle garde les yeux fermés quelques secondes.
Puis m’attire brusquement vers elle.
Je remonte.
Elle prend mon visage entre ses mains.
Et m’embrasse.
Longuement.
Avec quelque chose de beaucoup plus gourmand maintenant.
Elle reste contre ma bouche.
Reprend son souffle.
Puis me pousse doucement en arrière.
Je me retrouve allongé.
Je la regarde.
– Quoi ?
Son sourire revient.
– À moi.
Elle descend à son tour.
Très lentement.
Beaucoup trop lentement.
Je ferme les yeux.
Elle s’arrête.
Je les rouvre.
Elle est en train de me regarder.
Et son expression me confirme qu’elle sait parfaitement ce qu’elle provoque.
– C’est moins drôle quand c’est toi qui attends.
– T’es vraiment…
Je n’ai pas le temps de terminer.
Quelques instants plus tard, je ne trouve plus rien de très intelligent à dire.
Elle prend exactement le même plaisir à me faire perdre le contrôle que celui que j’avais pris à la regarder perdre le sien.
Et lorsque je sens que je commence réellement à ne plus maîtriser grand-chose, elle ralentit.
Exprès.
Je relève la tête.
Elle sourit.
– Sérieusement ?
– Quoi ?
– Tu sais très bien.
– Peut-être.
Elle revient enfin vers moi.
Je l’attrape par la taille.
Elle rit.
Puis son rire disparaît dans un baiser.
Elle vient au-dessus de moi.
Ses cheveux tombent autour de son visage.
Ses mains s’appuient sur mon torse.
Pendant une seconde, elle reste simplement là.
À me regarder.
Et je crois que c’est l’image la plus troublante de toute la soirée.
– Ça va ?
Je pose mes mains sur ses hanches.
– Viens.
Elle se rapproche.
Et les mots deviennent inutiles.
Son corps trouve le mien.
D’abord lentement.
Avec cette petite hésitation naturelle de deux personnes qui ne se connaissent presque pas encore.
Puis elle ferme les yeux.
Son bassin trouve progressivement son rythme.
Ses mains prennent appui sur moi.
Je la regarde.
Ses mouvements deviennent plus libres.
Plus sûrs.
Par moments elle ralentit.
Se penche.
M’embrasse.
Ses cheveux viennent autour de mon visage.
Puis elle repart.
Un peu plus vite.
Un peu moins sage.
Je la retiens par les hanches.
Elle ouvre les yeux.
Me regarde.
Et ce simple échange suffit à faire monter quelque chose de beaucoup plus intense entre nous.
Je la ramène contre moi.
Nous basculons.
Elle laisse échapper un petit cri surpris.
Puis rit.
– Tricheur.
– Absolument.
Je viens au-dessus d’elle.
Elle passe immédiatement ses bras autour de mon cou.
Je l’embrasse.
Et cette fois, le jeu change encore.
Plus besoin de provoquer.
Plus besoin de se faire attendre.
Nos corps ont compris.
Je retrouve son rythme.
Elle me serre contre elle.
Ses jambes viennent me retenir lorsque je ralentis.
Ses doigts s’accrochent à mon dos.
Je sens son souffle contre mon oreille.
Mon prénom.
Une fois.
Puis encore.
Plus bas.
Plus pressé.
Je ne sais plus très bien combien de temps nous restons ainsi.
Ça ralentit.
Puis repart.
Un baiser.
Un regard.
Sa main sur ma nuque.
La mienne contre sa joue.
Puis le désir reprend le dessus.
Plus instinctif.
Plus désordonné.
Elle se tend à nouveau contre moi.
Je la sens arriver au point où elle ne contrôle plus grand-chose.
Elle enfouit son visage dans mon cou.
Ses doigts se crispent.
Son souffle se brise.
Puis ça la traverse une nouvelle fois.
Plus fort.
Tout son corps se contracte contre le mien.
Plusieurs spasmes rapprochés.
Elle me serre presque trop fort.
Je la tiens.
Je ne ralentis que lorsqu’elle commence à se relâcher.
Mais cette fois elle garde ses bras autour de moi.
Me ramène.
Encore.
Et c’est mon tour de perdre complètement le rythme.
Je ferme les yeux.
La serre contre moi.
Et toute cette tension accumulée depuis la réunion disparaît enfin.
D’un coup.
Après ça, plus personne ne bouge.
Je suis vidé.
Complètement.
Elle tremble encore légèrement contre moi.
Nos respirations mettent du temps à retrouver quelque chose de normal.
Sa peau est chaude.
Moite contre la mienne.
Les draps sont complètement froissés.
Ses cheveux collent légèrement à sa joue.
Elle ouvre les yeux.
Me regarde.
Et commence à rire.
Doucement.
– Quoi ?
Elle lève un doigt vers le mur derrière le lit.
Je comprends.
– Non.
– Si.
– Ne dis rien.
Elle éclate de rire.
– Monsieur l’acousticien…
– Je refuse.
– La cloison.
Je ferme les yeux.
– Putain.
– Elle est bonne ?
– J’espère vraiment.
– Tu n’as pas vérifié ?
– Je n’avais pas anticipé ce protocole d’essai.
Elle rit encore plus fort.
– Très professionnel.
– Officiellement, aucune conclusion sans mesure.
Elle se redresse légèrement.
– Et officieusement ?
Je regarde le mur.
Puis elle.
– Officieusement, si personne ne vient frapper à la porte, je recommande le système.
Elle enfouit son visage contre mon torse en riant.
Puis tout redevient calme.
Elle vient se blottir contre moi.
Une jambe entre les miennes.
Son bras autour de mon ventre.
Je passe lentement la main dans son dos.
Nos peaux sont encore chaudes.
Encore humides de ce qui vient de se passer.
Et aucun de nous ne semble avoir envie de bouger.
– Je devrais retourner dans ma chambre.
– Probablement.
Elle ne bouge pas.
Moi non plus.
– Dans cinq minutes.
– D’accord.
Cinq minutes deviennent vingt.
Puis une heure.
Sa respiration finit par ralentir.
Son corps devient lourd contre le mien.
Elle s’endort.
Et je reste encore quelques instants éveillé.
À sentir sa chaleur.
L’odeur de sa peau mêlée à la mienne.
Ses cheveux contre mon épaule.
Puis mes yeux se ferment à leur tour.
Nous nous endormons comme ça.
Enlacés.
Épuisés.
Encore moites de cette nuit que, quelques heures plus tôt, aucun de nous n’avait prévue.
Une lumière pâle traverse les rideaux.
J’ouvre les yeux.
6 h 41.
Pendant une seconde, je ne comprends pas pourquoi quelqu’un dort contre moi.
Puis tout revient.
La réunion.
Le couloir.
Les trois coups à la porte.
Elle.
Ses cheveux sont étalés sur mon épaule.
Son visage complètement détendu.
Je regarde l’heure une deuxième fois.
Je dois partir dans moins d’une heure.
Merde.
Comme si elle sentait que je bouge, elle ouvre lentement les yeux.
– Bonjour.
Sa voix est encore cassée par le sommeil.
– Bonjour.
Elle regarde autour d’elle.
Puis moi.
Un sourire apparaît.
– On a vraiment fait ça.
– Apparemment.
Elle cache quelques secondes son visage contre mon épaule.
– C’est quand même complètement fou.
– Un peu.
– On était en réunion de chantier hier.
– Tu me demandais un détail de doublage.
Elle relève immédiatement la tête.
– Si tu reparles encore une fois de doublage, je pars.
– Ça tombe bien, ta chambre est à cinquante centimètres.
Elle m’écrase l’oreiller sur le visage.
Je ris.
Elle aussi.
Puis elle devient plus sérieuse.
– Tu regrettes ?
La question tombe simplement.
Je la regarde.
– Non.
Elle soutient mon regard.
Puis secoue doucement la tête.
– Moi non plus.
Elle vient m’embrasser.
Et ce baiser n’a rien à voir avec ceux de la nuit.
Il est lent.
Doux.
Nos corps sont encore chauds sous les draps.
Ses cheveux sont en bataille.
Elle a cette voix du réveil et les yeux encore à moitié fermés.
Aucune urgence.
C’est peut-être celui-là qui me trouble le plus.
Elle finit par se lever et récupère ses affaires un peu partout dans la chambre.
Un vêtement près du lit.
Un autre contre le fauteuil.
Elle s’habille tranquillement.
Je la regarde.
– Quoi ?
– Rien.
– Tu me regardes encore.
– Oui.
Elle sourit.
– Maintenant, t’assumes.
– J’ai eu quelques heures pour m’entraîner.
Elle secoue la tête.
Une fois prête, elle prend son téléphone.
Puis va vers la porte.
Sa main reste sur la poignée.
– Bon…
– Bon.
Elle hésite.
Puis revient soudain vers moi.
M’embrasse une dernière fois.
Longuement.
Pose sa main contre ma joue.
– Bonne route, monsieur l’acousticien.
– Bonne journée, madame l’architecte.
Elle lève les yeux au ciel.
– Assistante.
– Je sais.
– Connard.
Elle sourit en disant ça.
Puis ouvre la porte.
Juste avant de sortir, elle regarde le mur séparant nos deux chambres.
Puis moi.
– Au fait…
– Oui ?
– Je crois qu’elle est plutôt bonne.
– Quoi ?
Elle désigne la cloison.
– Personne n’est venu se plaindre.
Je ris.
Elle disparaît dans la chambre voisine.
Une heure plus tard, mon sac est dans le coffre.
Le soleil commence à monter.
Je reprends l’autoroute comme après n’importe quel déplacement professionnel.
Le chantier est toujours en retard.
Le compte rendu doit toujours être rédigé.
Et lundi, quelqu’un me demandera probablement encore pourquoi il est indispensable de désolidariser ce foutu plafond.
Rien n’a vraiment changé.
À un détail près.
Pendant plusieurs kilomètres, je souris tout seul en repensant à cette réunion où une belle brune avait soutenu mon regard une seconde de trop.
Puis à une porte d’hôtel qui s’était ouverte à 23 h 47.
Finalement, certains écarts de chantier ne méritent vraiment pas de réserve.
S. Vesambre
Ondes de peau