Un beau mariage, neuf années de vie conjugale parfaite, bientôt un dixième anniversaire, que le temps passe vite quand on s’entend bien et quand on s’aime.
– Mon amour, j’aimerais aller au bal à l’occasion de ce dixième anniversaire. J’aime tant danser, toi-même tu danses si bien.
Comme toujours je déniche l’une des dernières salles de bal de la région. Avant la dernière série de danses, le patron de la salle annonce les prochaines dates et les orchestres qui les animeront. Pour le samedi suivant, la billetterie est ouverte immédiatement. C’est une priorité offerte aux fidèles présents cette nuit. Claire adore le groupe qui se produira samedi prochain. Je m’empresse de réserver la table en bord de piste que nous avons occupée ce soir.
Avec enthousiasme nous entamons cette nouvelle soirée. Claire rayonne comme d’habitude. Elle est infatigable. Toujours aussi belle, malgré ma présence, elle se sent obligée d’accorder une danse à un célibataire qui tente sa chance. J’en profite pour reprendre des forces pendant qu’elle fait plaisir à un inconnu.
Fin de série, nous nous asseyons pendant une pause des musiciens. Dès les premières notes de la reprise, avant même que je me lève, un grand gaillard s’incline devant ma femme, lui tend la main. Claire me dévisage, soulève les épaules. Son sourire est figé, elle semble à la fois surprise et gênée. Je regarde le couple qui se dirige sur le milieu du parquet. La silhouette du danseur ne m’est pas inconnue. Je creuse dans mes souvenirs. Bizarrement Claire et son cavalier ne passent que rarement à proximité de notre table.
Je me lève, je me déplace en bordure, je commence un tour complet et là, loin de ma chaise, je vois un couple qui fait du surplace, en pleine conversation. Ils discutent assez rudement. Étrange ! Le grand bonhomme se penche sur ma Claire, elle rejette sa tête en arrière, semble mécontente. Mais oui, ce garçon je le connais. C’est celui que Claire désignait autrefois comme « le sale type » ou « le salaud » ou « l’obsédé ». C’est le fameux François, l’ex amoureux qui lui a préféré sa patronne peu regardante sur ses mœurs à la prude Claire si attachée à sa virginité. Je constate avec joie que ma femme sait résister. Je peux retourner sur mon siège. Claire est solide, elle n’a pas besoin de secours, je lui fais confiance.
La musique s’arrête, ma chérie revient, boit, ne fait aucun commentaire. Qu’est-ce qui l’attriste et la laisse pensive ? Pourquoi ne me parle-t-elle pas de ce cavalier comme elle le fait habituellement. Elle ne me demande pas si je le connais. Une question pourrait attirer mon attention sur cet individu et réveiller des souvenirs. Son silence me laisse ignorer, croit-elle, l’identité de ce danseur. Ignorant qu’il s’agit de François son premier amour, je ne m’étonnerai pas qu’elle consacre autant de temps à un type qu’elle m’a toujours décrit comme un salaud. Rien, Nous dansons, elle reste songeuse, préoccupée, je la secoue, essaie de blaguer, elle n’a qu’un vague rire de convenance. Fin de série, les musiciens se désaltèrent.
La musique reprend. Aussitôt « le sale type » se penche, prend la main, Claire se lève, jette un coup d’œil furtif et inquiet sur mon visage que je veux indifférent. Puisque je ne l’ai pas reconnu, elle peut le suivre ; elle part, sans souci, sereine, le plus naturellement du monde, main dans la main du salaud qui l’entraîne. Après un premier passage cavalier et cavalière ne paraissent plus. Le silence obstiné de Claire m’intrigue. Je sais où aller. Effectivement, tous deux se dandinent à la même extrémité de la piste que précédemment. La conversation paraît moins animée. Je les observe sans me montrer. Qu’ont-ils donc à se dire. Auraient-ils un rendez-vous ici, ce soir ? Me préparent-ils une surprise ? Depuis la multiplication des moyens individuels de communication il est si facile de joindre quelqu’un sans que les proches ne le sachent. Avec les smartphones il est si facile de contacter quelqu’un, de fixer un rendez-vous. Est-ce le cas ?
L’absence se prolonge. Claire n’a pas regagné sa place lors de la dernière interruption. Il y a moins de monde sur le parquet pendant l’arrêt. Je l’aperçois là-bas, debout face à son danseur, toujours en conversation, une conversation moins animée apparemment. Tant mieux ! Je ne veux pas lui imposer l’affront d’aller l’arracher à l’importun. Je patienterai encore un quart d’heure. Après je lui rappellerai que je suis là. Il est de plus en plus évident qu’ils sont de connivence. J’ai l’impression que mon couple est soudain en danger. Claire ne m’a jamais oublié ou délaissé comme cette nuit. Ne se rend-elle pas compte du temps long qu’elle passe près de celui qu’elle a jadis maudit. C’est inconcevable. Quel secret unit ces deux-là ? A force le doute s’insinue. Ma femme est-elle infidèle ? Depuis quand ? Je n’ai rien vu venir. L’aveuglement du mari ne prouve pas que sa femme n’a pas pris un amant. Généralement, le mari est le dernier à apprendre qu’il est cocu. Certes, mais si elle se sentait coupable, Claire éviterait d’éveiller les soupçons en multipliant et en prolongeant les moments passés ici avec ce compagnon prétendument détesté. Ce raisonnement calme un peu mon malaise.
Si à l’entame des prochaines danses elle n’est pas revenue, si elle préfère à mes bras ceux de l’autre, je vais lui donner l’occasion de chasser mes doutes ou d’indiquer clairement ses intentions. Je ne supporte pas l’aspect trouble de la situation actuelle. Que la rencontre d’aujourd’hui soit fortuite ou qu’elle ait été intentionnellement organisée, que ma femme envisage de me quitter pour rejoindre un homme qu’elle n’a pas pu oublier, que sa vie avec moi devienne un fardeau alors que François lui manque depuis leur rupture et qu’il ait soudain ressuscité l’espoir d’un amour unique, tout est du domaine du possible.
Tellement de couples se séparent ? J’ai cru, espéré que le mien échapperait à cette malédiction. Je me suis appliqué à satisfaire Claire dans la mesure de mes moyens, malgré une sorte de prémonition qui me chantait « Elle est trop belle pour toi », malgré la conscience que j’avais de mes insuffisances en me regardant dans la glace. Quand j’en parlais, que j’hésitais à l’épouser parce qu’elle était trop belle pour moi, elle riait, elle me disait que j’avais tort de me sous-estimer. Quand nous faisions l’amour elle se disait comblée. Et pourtant, dans cette salle de bal, ce soir, Claire a accordé à François plus de temps qu’à Jean. Plus elle a été intarissable avec lui sur piste, moins elle a échangé avec moi. Prolixe avec son revenant, pensive, trop discrète, soucieuse presque muette avec moi à partir de l’apparition de l’ex petit ami. Tous ces signes d’intérêt en faveur de l’autre et d’oubli ou d’indifférence de mon côté me plonge dans un profond désarroi.
C’est parti, je suis seul. Je me lève et je me dirige vers la sortie. Que ma femme continue à se trémousser avec son partenaire favori, je m’en vais, qu’il la garde. Le spectacle de la joie de leurs retrouvailles, le sentiment d’ignorance et d’abandon qu’ils m’infligent pourrissent ma sérénité. Ma patience a des limites. J’ai compris le message. Claire est une femme pécuniairement indépendante, elle a librement voulu m’épouser, elle peut tout aussi librement vouloir prendre un amant. Est-ce fait ou cela reste-t-il à faire ? Je lui laisse le soin de m’en avertir. Je n’attendrai pas dans une salle de bal la confirmation de mon état de cocu, sa conduite ici a été assez explicite. Je la dispense d’explications supplémentaires toujours pénibles à entendre et parfois difficiles à donner. Par ailleurs trop plaisantes, trop jouissives pour le vainqueur. Je ne veux pas le voir triompher.
J’ouvre la portière de ma voiture, j’entends un appel, Claire crie :
– Jean, attends. Où vas-tu ?
Elle court, elle arrive, m’interroge :
– Qu’as-tu oublié dans la voiture ? J’ai cru que tu partais. Tu pourrais me prévenir quand il y a un problème…Tu es tout pâle… Ça ne va pas ? Tu es malade ? Dis-moi chéri.
Dans l’embrasure de la porte se dessine la silhouette d’un homme. Je tends le bras dans sa direction
– Aujourd’hui ton chéri s’appelle François. Il t’attend à l’entrée. Je n’ai rien oublié. Reste avec lui. Je pars.
– Mais tu es fou ! Mon Dieu, tu es jaloux ? Mais c’est toi que j’aime. Tu te trompes
– Oui ,je suis jaloux et je sais pourquoi. Je suis pâle parce que je suis malade de constater que ça ne va plus entre toi et moi et trop bien entre toi et ton danseur quasi exclusif, J’ai passé beaucoup trop de temps sur une chaise, tu as passé presque tout ton temps contre lui, dans ses bras.
– Oh ! Non ! Jean ! Ce n’est pas vrai !
– Tu n’as pas vu passer les heures tant tu étais heureuse de le retrouver. Jamais les heures ne m’ont paru si longues. Continue à m’oublier. Il a tellement envie de t’embrasser, j’ai assisté à une de ses tentatives
– Laquelle ? Oui, il a essayé plusieurs fois. François a-t-il réussi une seule fois ? Hé non ! Peut-être ai-je passé trop de temps à discuter avec François. Il me racontait les événements de l’entreprise où j’ai travaillé. Tout ne va pas pour le mieux là-bas.
– Les malheurs de la boîte te faisaient rire ? Depuis quand te réjouis-tu du malheur des autres, je ne te connaissais pas ce travers ! Tu changes. S’il a essayé plusieurs fois, comme tu le reconnais, ne s’est-il pas senti encouragé, ne serait-ce que parce que tu semblais oublier ton mari ? Vous n’avez pas parlé uniquement des déboires de l’entreprise. Est-ce en décrivant son travail ou sa vie avec sa femme et patronne qu’il a essayé de prendre ta bouche en collant son ventre contre le tien ?
– Comment peux-tu avancer ça ? Nous as-tu regardés ?
– Difficilement ! Vous cachiez votre bonheur d’être enfin réunis en bout de piste. Au lieu de tourner comme tout le monde, vous piétiniez loin de notre table pour que je ne vous voie pas. Quand on se cache c’est qu’on a peur d’être vu ou parce que, en cette occasion précise, on veut faire savoir à son mari qu’on est mieux ensemble que près de lui. C’est le message que j’ai fort bien reçu. J’avoue que je me suis inquiété de ne pas te voir passer devant moi. J’ai cru que vous étiez sortis de la salle, comme d’autres le font, soit disant pour contempler les étoiles.
– A ce point ? Tu n’as pas confiance en moi. Tu as imaginé des horreurs, tu as pensé que j’étais capable de quitter le bal pour forniquer avec François. Je comprends ta pâleur ?
– En passant je vous ai vus, observés sur ce coin de piste que vous ne quittiez pas. Je me demande encore ce que tu as à dissimuler. J’aurais aussi aimé comprendre pourquoi tu semblais ennuyée quand tu siégeais à côté de moi et curieusement si gaie enlacée par celui que jusqu’à ce soir tu ne nommais jamais par son prénom. Tu l’as toujours désigné avec mépris, traité de traitre, de salaud, d’obsédé. Quel revirement tout à coup. Est-ce l’obsédé qui t’a charmé au bal, aspires-tu à tâter du salaud ou travailles-tu à détourner le traître de son épouse ? La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on. Mais si longtemps après, c’est dire la violence de la blessure ! Son mari réapparaît des années plus tard, te fait du charme, réveille les rêves de tes vingt ans, t’emballe dans ses bras, te fait oublier que je suis dans la salle. Quelques brèves apparitions devraient calmer mon impatience, chasser le doute si j’ai reconnu cet ex qui t’embrassait en public.
Je me trompe peut-être. Qui aurait invité cet homme marié à ce bal ? En vain J’ai scruté l’assistance, pas d’Olivia. Il n’a fait danser aucune autre femme que la mienne. Étrange
– Jean, stop, s’il te plaît. Comment peux-tu imaginer une machination aussi déshonorante ? Ce dont tu m’accuses est indigne. Faut-il que je t’aie blessé, inconsciemment. Que je suis malheureuse. Pardon de n’avoir pas su que tu souffrais de ma négligence involontaire. Cela ne se produira plus. Laisse-moi prendre le volant, tu n’es pas en état de conduire.
– Oui, mais pas trop vite. Tu manques déjà à quelqu’un. Vois qui accourt…
François avance à grands pas, brandit un sac.
– Tu pars déjà ? Tu as oublié ton sac à main.
– Mon mari n’est pas bien. Merci d’avoir pensé à m’apporter mon sac.
Pourquoi faut-il qu’elle s’excuse de le quitter si vite ?
Le bon samaritain me salue, m’examine, me toise, sourire en coin. Il triomphe devant le mari pris de malaise grâce à lui. Il a accaparé l’épouse, m’a mis sur des charbons ardents, a semé le doute. Il a sorti le grand jeu, me regarde avec une compassion feinte et plante sa dernière banderille, se penche et dépose ostensiblement sur les joues de Claire des baisers pleins d’affection avant de nous souhaiter une bonne route. La gêne de Claire devant cet excès de familiarité en présence de l’époux est visible. L’impudent m’humilie subtilement en affirmant son influence retrouvée.
Il a marqué sa proie ; elle ne lui échappera plus. Il fait acte de propriétaire ou presque, le fait savoir au perdant, le suggère fièrement à sa conquête en cours ; En cours ou conclue depuis un certain temps ; si elle reste à conclure, ce n’est que partie remise. C’est lui qui a livré le sac que le mari aurait dû emporter. C’est lui qui emporte la récompense. Ces effusions refusées plus tôt, lors des danses, encore réservées aux joues, sont accordées sans protestation sous les yeux du vaincu. Il tient à assister à notre départ et ose envoyer un bisou de la main, promesse appuyée de récidive prochaine.
Le silence de Claire est pesant pendant le parcourt rapide de village à village. Quant à moi, en silence, je ressasse à l’infini : je voudrais bien savoir ce que ce citadin faisait à la campagne un samedi soir et qui l’avait invité au bal ? Olivia la fière épouse aurait-elle patienté mieux que moi ? Son mari se distrait seul, jouit d’une pleine liberté, lui. Je me tais, pas de question, pas de revendication. Suis-je un tyran, un mari jaloux qui tient sa femme en laisse ? J’ignorais ce sentiment jusqu’à aujourd’hui. A l’avenir j’ouvrirai l’œil, Je rumine le sinistre pressentiment d’avant mariage : « Trop belle pour toi, on te la volera »
Au lit Claire se fait chatte. François l’a chauffée, François a soufflé sur la passion, François a mis le feu au corps. François est frustré, Claire brûle. Claire m’embrasse, me caresse amoureusement, secoue ma verge, masturbe ma queue, m’enjambe, se plante sur mon pieu, m’enfourne dans son vagin trempé. Elle a peu parlé, n’a pas cherché à me persuader de son innocence, n’a plus tenté de supplier pour obtenir un pardon. Elle a l’expérience d’une épouse attentive, elle attaque mon point faible. Elle finit par me communiquer son envie de faire l’amour. Notre lointaine nuit de noce de vierges timides mais curieux si merveilleuse dans mes souvenirs, comparée à la présente nuit de réconciliation paraît fade. Merci François.
À suivre
