Le cri du cœur

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Publié par Accent

Temps de lecture : ~ 42 min

Nous marchons depuis une heure environ et nous entrons dans la forêt à l’heure où le soleil de juillet devient ardent. Sur le chemin de terre nous apprécions l’ombre. Je devise avec Georges et Gabriel, deux bons amis. Où sont Ginette, Odile ou Marie nos femmes ? Devant nous, derrière nous ? Nous nous réunirons à la halte prévue pour une collation dans une heure. L’allure est bonne, le point fait sur la carte indique que nous sommes à mi- chemin de la clairière du regroupement, dans les temps.

Je referme le plan, mon pied droit se tord dans une ornière, je pousse un juron. Mes compagnons me regardent. Je boîte bas, ils me conseillent de m’arrêter et de me reposer. La forme ellipsoïdale du circuit fait que nous sommes très proches de nos habitations. Georges et Gabriel sont prêts à me ramener à la maison par des raccourcis que nous connaissons parfaitement:

– Ta cheville enfle, il ne serait pas raisonnable de continuer, l’arrivée est loin. Appuie- toi sur nous et va chez toi t’allonger.

– Non, merci. La journée sera trop belle, je ne gâcherai pas votre promenade. Continuez, je trouverai facilement mon chemin, j’arriverai chez moi, ne vous inquiétez pas.

– Nous ne pouvons pas t’abandonner dans cet état. Que faire?

– Soyez gentils. Allez avertir Marie, dites- lui de ne pas s’en faire et de bien profiter de cette sortie. Marchez, je m’assieds un peu puis j’emprunterai le sentier jaune qui passe à proximité de mon atelier de menuiserie. Si vous avez soif ce soir, venez boire un coup avec moi, j’ai de quoi vous désaltérer et je vous montrerai mon chef d’œuvre de marqueterie.

– Enfin, tu avances mal ? Tu es sûr de pouvoir te débrouiller seul ?

– Allez, vous dis- je et amusez-vous bien. Je collerai des lamelles sur la commode pour passer le temps. C’est mon loisir préféré.

Ils s’éloignent comme à regret, se retournent à plusieurs reprises. Là, à quelques pas du chemin, sur la droite, un tronc de chêne a été abattu. Je boitille jusqu’à ce siège providentiel, je m’installe à l’ombre.

Un rire de femme éveille ma curiosité. Nous n’étions pas les derniers. Des retardataires bien joyeux s’approchent. Je ne tiens pas à devoir me défendre de leur bonté. Ils n’auront pas à me proposer de me ramener, je recule sur mon tronc, je me mets à l’abri des regards. Mais, ce rire en grelot, je le connais, je le reconnaîtrais entre cent, c’est le rire de ma chère Marie. Je la croyais devant, elle est parmi les retardataires.

– Rends-moi ça, Hubert. Allez, ne fais pas le fou. On pourrait te voir et se demander ce que tu fais avec ma culotte, si je te l’ai offerte, pourquoi ou si tu me l’as enlevée. Hubert, je vais me fâcher. Donne, tout de suite.

– A condition de pouvoir la remettre en place moi- même. Viens là!  D’abord montre- moi ton barbu.

– Espèce de fou. Je l’avais enlevée parce qu’elle m’irritait le pli de l’aine.

– Il fallait la cacher au lieu de la laisser dépasser de ton sac. C’est de la provocation. Je voudrais bien voir cette irritation. N’est- ce pas plutôt un prétexte pour courir cul nu, pour sentir la fraîcheur du sous- bois ou qui sait pour exhiber ton joli petit cul et pour exciter les mâles de la procession. Vicieuse, va! Mais pour qui ? Jean, ton homme, connaît ton abricot ou ton cul, les voit et les tâte autant qu’il veut. Alors pour qui as- tu dévoilé ton bas-ventre ? Serai-je l’heureux homme qui aura le privilège de découvrir tes trésors?

–  Pas question ! Tu dis des bêtises. Rends-moi ma culotte et avançons, Jean n’apprécierait pas de me voir seule avec toi à la traîne.

– Pourquoi ? Qu’ai- je fait de mal ? Attrape si tu peux.

Ils ne me voient pas, je les vois déboucher sur le chemin. Hubert brandit à bout de bras l’objet du litige, la fameuse culotte rose. Marie tourne autour de lui, tend la main pour attraper le léger voile, sautille à droite, à gauche. La culotte passe de droite à gauche, Hubert se déplace en tournant sur lui- même. Marie virevolte autour de cet axe, sur la pointe des pieds, bras tendus comme une danseuse de ballet, sautille, prend un élan. Parfois elle rouspète, parfois elle rit lorsqu’elle a failli attraper l’objet, semblable à une gamine qui veut saisir le pompon sur un manège. Tout bouge, est secoué, poitrine fesses dansent sous le regard amusé du malotru

Le spectacle inattendu me stupéfie. D’autant plus que les bonds de la femme finissent en chocs des deux corps. Hubert rit du résultat, prend plaisir aux contacts des seins, des ventres ou des jambes, tente de l’amplifier. Pourquoi ma femme s’acharne-t-elle à sauter pour saisir cette culotte levée trop haut, hors de portée. Je tire mon appareil numérique de mon sac et m’empresse de photographier la scène. Comme Hubert  je me pose la question:

Pourquoi donc ma jeune femme a-t-elle ressenti le besoin de baisser culotte pendant la randonnée ? Comment croire qu’un string aussi léger et aussi étroit puisse blesser le pli de l’aine ? Pourquoi cette parure intime est- elle restée visible ? Par provocation ? Par négligence ? Pour que ce compagnon de promenade puisse s’en saisir ? Comment Hubert, l’un de mes récents clients, a-t-il eu l’audace de s’emparer de ce string? Et comment se permet-il, lorsque Marie s’écarte un peu, oui, comment cet étranger se permet- il de porter la boule de tissu sous son nez et de humer ou de faire semblant de humer son odeur particulière ? C’est dégoûtant.Ce gaillard est un goujat.C’est plus qu’étrange. Ce jeu me chauffe le sang. Faut- il être rustre, lourdaud, malappris pour se saisir de la culotte d’une femme  et pour y plonger ses narines.

L’attitude de ma femme n’est guère plus claire. Si l’homme se  livre à ces gestes déplacés, c’est qu’il ne craint pas une réaction trop  vive de sa victime. Celle- ci serait consentante. D’ailleurs il n’est pas commun ou habituel dans notre club de voir des couples formés de deux individus issus de foyers différents s’isoler. Un homme et une femme ne marchent pas seuls, à distance des autres par hasard, la réunion de ce nouveau duo est le fruit d’un choix. Jamais Marie ne m’a informé de son souhait de côtoyer Hubert pour fixer le client de notre entreprise. Enfin si ces deux traînards chahutent avec cette culotte sont- ils beaucoup plus familiers qu’ils ne l’ont laissé entendre? Ce n’est quand même pas un comportement normal, commun. Que dirait Marie si elle me surprenait en train de sniffer le fond de culotte d’une voisine ?

Je devrais intervenir, rappeler les règles élémentaires de la décence ? Cependant trop de questions resteraient en suspens. Autant que possible je veux des éclaircissements. Je photographie à tout va pour calmer mes nerfs. Que font ensemble ces deux retardataires, qu’est- ce qui les réunit, pourquoi Marie ne m’a-t-elle pas annoncé son désir de passer du temps avec Hubert ?

Voilà une première indication. Un poing en l’air, quand Marie lui fait face, arrêtée contre lui, bras tendus, ventre à ventre, jambes emmêlées, en contact des pieds aux torses, Hubert rabat un bras dans le dos de ma femme, la maintient collée contre lui et baisse son regard vers le visage rieur. La photo sera claire, le couple immobile prend la pose. Alors les bras minces renoncent, tombent sur les épaules masculines. Les acteurs se regardent intensément, le visage de Marie se fige, celui de son compagnon de route se penche. Les mains de Marie descendent sous les clavicules de l’homme, se posent sur les pectoraux et repoussent l’évidente tentative, elle dit la voix sèche, angoissée :

– Non, Hubert, ne recommence pas. Je ne veux plus. Tu sais très bien comment ça finit toujours, non, ne m’embrasse plus. Pense à ta femme et à tes enfants.

Oh ! Quoi ?En peu de mots je suis informé : que signifie dans ce refus les mots les plus simples?  « Je ne veux plus » n’est pas « je ne veux pas », signifie qu’elle a déjà accepté un ou des baisers en bouche à bouche auparavant.« Toujours »: ce n’est donc pas une première fois que ce sans gêne embrasse mon épouse ! « Toujours » indique qu’il y a eu répétitions de baisers. Je n’avais rien observé jusqu’alors. Où, quand ? Lors des sorties précédentes comme aujourd’hui ou dans d’autres occasions ? Mais surtout : « Comment ça finit » Je suis curieux d’apprendre ce qui conclut habituellement le baiser, l’embrassade. Oui comment cela s’est- il terminé les autres fois ? Il y a de quoi redouter le pire. Ce type serait l’amant de ma femme ? Ma femme aurait un amant ? Amant occasionnel ou permanent? Qu’on imagine le coup de massue asséné brutalement au mari témoin de la tentative à l’écoute de cette déclaration spontanée.

 Fort d’un probable succès répété et désireux de perpétuer l’avantage Hubert défend sa tentative présente dont il pourra invoquer les bienfaits à l’avenir :

– Marie, pourquoi ? Ni ma femme ni mes enfants ne sont présents. L’autre fois, il y a un mois, tu avais apprécié. Oui ou non ? Et oui, tu le reconnais. Tu semblais si heureuse. Allez, donne- moi tes lèvres et cesse de te trémousser sur mon ventre, tu me fais bander. Embrasse- moi et je te rends ce trésor chargé de tes senteurs enivrantes. 

Il tend les lèvres…

J’en apprends de belles. Le paquet est lourd: « Tu avais apprécié » « si heureuse » dit l’homme. Je n’ai pas de raison de ne pas croire ce qu’il prétend puisque Marie ne tente pas de nier. Ses faibles protestations précédentes n’étaient- elles pas destinées uniquement à faire monter le désir du mâle ? J’en viens à me demander si ma femme ne refuse ici que pour obtenir plus sûrement ce qu’elle attend. Je suis pétrifié, incapable d’intervenir, d’empêcher le déroulement du « comment » Le sagoin apprécie des senteurs enivrantes connues par expérience !

 Comment ça finit toujours a dit Marie. Toujours ? Forcément il y a eu plusieurs « autres fois.” Mais encore, je suis curieux de savoir « comment ça finit ». Oh ! Je ne manque pas d’imagination, croyez- moi. Se serait- elle contentée d’un baiser il y a un mois ?

Un baiser peut- il suffire à rendre « si heureuse » ? J’en doute… Était-ce pendant la précédente randonnée l’aboutissement d’une série de faits progressivement plus compromettants, trop difficiles à éviter, plus décisifs, auxquels il devient impossible de ne pas s’adonner.

Voilà ce que c’est de ne pas marcher ensemble, en couple.

Il ne faut pas exagérer, le fait de se donner un peu d’air, de liberté dans un couple, n’est pas une obligation de se tromper. Mais je tiens à avoir des certitudes. Au bout de sept ans de mariage, un couple, paraît-il, passe un cap. Aujourd’hui je vérifie que cette idée répandue contient une part de vérité. La révélation subite me foudroie, mes yeux se remplissent de larmes.

Voilà les lèvres se trouvent. Marie ne résiste plus, subit, puis participe, tête renversée, dos cassé, ventre projeté en avant. L’enlacement, tout proche, tourne à l’étreinte amoureuse. Sous mes yeux, ils se bouffent le museau, bataillent pour prendre possession de la bouche de l’autre, lèvres grandes ouvertes cherchant le contact le plus étroit. Je zoome sur les têtes. Ils tournent sur place, lentement, sans se soucier de l’environnement, se dévorent férocement, unis dans un corps à corps furieux. J’appuie trop vite sur le déclencheur. Je dois dominer ma fureur.

Un nouveau degré est franchi. La main d’Hubert quitte la hanche, descend, flatte la fesse, saisit le bas de la fine robe à fleurs, remonte le tissu et offre à mon objectif une vue complète des cuisses et des fesses nues rebondies de Marie. J’offrirai cette vue à un peintre. Mais la main a coincé l’ourlet dans la ceinture et redescend se poser sur la raie des fesses, le majeur plonge dans le pli, au plus loin, avant de remonter la ligne de séparation de la croupe exposée à l’air. Marie a un sursaut, le majeur a taquiné sa rose. C’est un endroit très sensible.

– Non, Hubert, arrête. Tu m’excites trop et je vais encore une fois perdre la tête.

Mon épouse se connaît bien. « Encore une fois perdre la tête ». Les mots font mal dans mon crâne. Marie a l’habitude des attouchements d’Hubert, Marie sait où il la conduit, ce qui va se produire. Elle ne voudrait plus « perdre la tête » ? Faible femme dominée après le premier étourdissement d’un bon baiser ?! Je suis effondré. Je boirai la coupe jusqu’à la lie.

Ils se détachent enfin. Marie réclame:

– Ma culotte maintenant, donne ! Tu as promis de me la rendre. On s’est embrassés, tu me la dois.

Hubert est passé dans le dos de Marie. En levant la tête, il pourrait me voir. Il est occupé à plus intéressant. Sous les bras de Marie, il pousse ses mains en direction du pubis. Ses doigts chiffonnent nerveusement le bas de la robe. Cette fois, je photographie le pubis poilu de Marie, avant le travail des doigts dans sa toison. Sous la pression les cuisses se désunissent, la vulve reçoit la visite d’un index. Marie se raidit sous la caresse insistante de son clitoris.

Elle gémit « Oh ! Non » mais ouvre davantage le passage. Déporté sur un côté, l’homme caresse du plat de la main la chatte domptée, tend le cou et reprend la bouche consentante. Ils exécutent ces mouvements comme des habitués. Je suis cocu et ce n’est pas d’aujourd’hui.

– On ne peut pas prendre trop de risques, dit Hubert. Viens, par là il y a un tronc d’arbre. Ce sera un abri parfait. Tu reconnais l’endroit. C’est notre coin habituel.

Alors là, si je ne comprends pas ! En effet, de l’autre côté du chemin un arbre est couché comme le mien, de façon presque symétrique. Il n’est caché par aucun buisson. Les deux complices se trouvent à vingt cinq ou trente mètres de moi. J’entends le gloussement de Marie debout près du tronc, soumise à la double attaque des deux mains, l’une par devant mue par des mouvements de va et vient rapides, l’autre par derrière engagée dans une large caresse sur toute la surface des fesses.

Dans une main ma femme  secoue la verge d’Hubert tirée du pantalon tombé sur les genoux et elle le branle. Plus de réticence, ses sens l’ont emporté sur sa pudeur. Elle participe. Hubert la pousse, la fait asseoir sur le tronc, elle râle un peu, l’écorce écorche sa peau, mais la verge dure quoique ordinaire lui clôt le bec. Hubert ordonne en riant :

– Tais- toi et suce. C’est l’heure du casse- croûte.

À chaque petit déplacement je photographie la bite à l’air, les couilles collées au menton de ma femme, les seins tripotés distraitement. Elle s’applique, excite l’amant. Il se sent prêt, la fait lever et la conduit vers un charme :

– Tu dois reconnaître cet arbre, tu l’as utilisé il y a un mois. Mets- toi en position.

Marie ne pose pas de question, plaque ses bras contre le tronc vertical, les fait descendre, creuse ses reins, écarte ses jambes et offre sa croupe et son sexe. Elle a accompli ces gestes en souplesse, sans recevoir d’ordre; elle est parfaitement rodée, au courant des désirs et des habitudes de son maître du moment. La verge approche, cherche à peine son chemin et s’enfonce aussitôt dans le vagin, le vagin de ma femme, faut-il le répéter. Mon appareil ne manque pas un détail de cet accouplement forestier. Le grand cerf saute ma biche, ma biche fait entendre les grelots de sa voix claire, mon cœur se déchire. Je murmure : « Quelle salope »

Hubert est lent à la détente, il lime sans fin avant de se retirer pour envoyer quelques jets blanchâtres sur l’humus fécond. Hubert a un fusil à deux coups au moins. Il secoue son engin pour faire chuter une dernière goutte puis reprend position. Il pistonne vaillamment, veut entendre éclater un orgasme.

Bon, j’en ai vu assez, j’ai bien compris comment cela se termine toujours. Caché derrière mon tronc, à l’abri du feuillage, je change ma voix et je réponds à une question que personne n’a prononcée et que personne n’a entendue :

– Ouais ! Ils étaient là il y a quelques minutes… doivent pas être bien loin, regardez donc là- bas, à gauche du chemin, ils ont dû aller se faire du bien. Z’étaient vachement excités. Vous les connaissez. .. Vot’ femme ? Mon pov’ monsieur !

Hubert se redresse, sort du nid douillet, remonte sa ceinture, tire Marie, ils plongent de l’autre côté du tronc, se cachent, sont invisibles. Je marche sur des branches mortes volontairement, je fais du bruit, le plus de bruit possible, je traverse le chemin et j’avance, mais pas trop vite en direction du tronc. Je ressens un plaisir sadique à imaginer leur peur d’être découverts, à faire durer cette crainte. Je remercie mon interlocuteur imaginaire pour ses renseignements. Cette fois je garde ma voix, un peu chevrotante à cause de la contrariété, ils doivent comprendre qui approche, ils doivent trembler :

– Merci encore. Mais je ne les vois pas. Où ont- ils pu passer, ce n’est pas la bonne direction ?

Comme c’est bon de faire durer l’angoisse des coupables qui redoutent d’être pris en flagrant délit par le mari. Le mari trompé d’une Marie subitement terrorisée. Ils se croyaient insoupçonnables, sûrs de l’impunité, protégés par leur ruse et par la chance des amoureux, ils partagent la panique de l’attente. Dans mon malheur de cocu je savoure une maigre consolation très douloureuse.

Je suis arrivé au tronc. Espèrent- ils échapper à mon regard. Hubert épouse le tronc de l’arbre, il n’a pas eu le temps de fermer le zip de sa braguette. La position de Marie lovée contre lui est plus compromettante, le bas de sa robe est resté pris dans sa ceinture. Sa chatte rougie par les frottements de la queue de son amant bâille à l’air. Elle cache ridiculement son visage derrière ses bras repliés, mais laisse voir son sexe ! Et le grand con ferme les yeux.

Je prends une première photo du ventre dénudé de ma femme. J’appelle :

– Ho ! Marie, Hubert.

Les figures se montrent. Je shoote, une fois, deux fois. Marie essaie de tirer la robe vers le bas.

Je m’en vais en clopinant. Ma cheville est douloureuse. Mon cœur est plus mal en point. Le chemin jaune doit se trouver un peu plus loin sur la gauche. Derrière moi on s’accuse, on ne rit plus. Marie accourt, je la menace du bâton que j’utilise comme canne. Elle se jette à terre et pleure bruyamment.

– « Quelle salope!».

Elle a entendu ma colère, elle ne me suivra pas.

À la menuiserie je lance mon ordinateur. Dans mon métier manuel il est devenu le compagnon indispensable. Je branche mon appareil photo, j’enregistre les prises du jour. J’essaie le diaporama, image par image, je revis avec rage la scène de mon cocuage. Pour oublier j’entreprends ma pièce d’ébénisterie. Il n’y a rien de tel pour me calmer. Cependant l’événement ne peut s’oublier, je rumine, je peste, je m’encolle bêtement les doigts à cause de ma « salope »

Ce soir j’aurai de la visite. Je vérifie que la bière est au frais. Gabriel et Georges viennent vérifier que je suis revenu sain et sauf. Derrière eux, plusieurs membres curieux du club de randonnée me rendent une visite sympathique. Personne ne refuse une canette. Quoi, au milieu des amis s’est glissée Marie. Elle ose se montrer ici. Hubert a pris soin de ne pas se présenter. C’est heureux pour lui. Je m’approche du clavier de l’ordinateur, je lance le diaporama et m’éloigne.

Un murmure monte dans la salle. Je fixe ma femme, elle devient rouge, éclate en sanglots. Les amis grondent, commentent, insultent les amants. Marie prend la fuite sous les quolibets. « Quelle salope ». On me couvre de condoléances. Braves amis.Lequel succédera à Hubert ? QUELLE…

Il ne reste que deux fidèles, les autres ont quitté l’atelier par petits groupes. Je ne tends pas l’oreille, je ne veux pas relever les commentaires murmurés . Je boucle la porte, ma maison, héritage d’un père qui m’a enseigné le métier, est à une centaine de mètres. Georges et Gabriel me raccompagnent à mon domicile. Georges veut savoir ce que je ferai de ma femme. Gabriel estime qu’elle a été assez punie par la révélation publique des clichés de son adultère. Georges trouve la démonstration insuffisante.

– Un homme ne peut pas se contenter de dénoncer la mauvaise conduite de sa femme puis ne rien faire. De même une femme ne doit pas pardonner les écarts de son mari. Mais il faut savoir couper la mauvaise branche. Dit Georges.

Gabriel est plus indulgent et réplique:

– Si chaque adultère devait être suivi d’un divorce, peu de couples resteraient unis. Si le ou la coupable témoigne des regrets, le conjoint doit savoir pardonner. Il peut aussi s’interroger sur les causes de l’accident de parcours et se demander quelle est sa part de responsabilité. Il est possible par ailleurs que Marie te quitte, car demain toute la ville sera au courant puisque plus de dix personnes ont vu les photos des amants en action. Tu as frappé fort, ta femme supportera- t- elle d’être montrée du doigt ? Elle pourrait préférer s’en aller

Que j’écoute l’un ou l’autre, la conclusion sera fatale pour notre foyer. Leur discussion me pousse à la réflexion. Je les laisse débattre au milieu de la chaussée déserte à cette heure, je les salue et j’entre dans ma maison. Le soin que j’ai apporté à ma porte rend mon arrivée inaudible. Au milieu du salon, Marie qui a rabattu le haut de sa robe, se frappe le dos avec une de mes ceintures. De larges stries marquent sa chair. Demain elle ira se plaindre d’avoir été battue par son mari jaloux. Je sens un piège, je recule, sort par où je viens d’entrer. Mais en fermant la porte, j’entends encore les coups qu’elle s’inflige. Georges et Gabriel sont plantés à 20 mètres, toujours en train d’examiner le meilleur moyen de traiter cette situation. Je les rejoins et les tire vers ma porte. Ils me suivent. Nous entrons et voyons la peau meurtrie. J’interroge :

– Mais que fais-tu? Marie, cesse.

– Je me punis. J’ai volé du plaisir, je dois souffrir pour expier. Elle se retourne, aperçoit mes deux amis. Oh ! Tu n’es pas seul.

Brusquement elle relève sur ses seins nus, si mignons, le haut de sa robe,

– Mes amis, ma femme vient de se flageller. Vous êtes témoins, je n’ai pas eu le temps matériel de la frapper. Marie, s’il te plaît, montre ton dos à mes témoins.

Evidemment elle repart en pleurs, refuse par pudeur de se découvrir. Georges, le plus dur de nous trois, lui rappelle qu’il a vu des photos d’elle et de Hubert bien plus « hard » ce soir. Il parle fort :

– Qu’est- ce qui est le plus grave, montrer sa foufoune ou montrer son dos ? Une bonne quinzaine d’amis ou connaissances ont vu tes parties les plus secrètes nues, ont observé ta bouche sur le membre d’Hubert ou le même membre pénétrant ton sexe. Ne fais pas de manières, nous ne sommes pas curieux de revoir tes parties intimes, nous ne les connaissons que trop. Montre ton dos, nous constatons et nous partons. Ne fais pas durer un moment si pénible pour chacun de nous. Ne nous regarde pas, dénude juste ton dos, tourne-le vers nous.

La hâte de se débarrasser de ces deux connaissances aboutit à un résultat immédiat. Ce dos marqué arrache un cri de pitié à Gabriel :

–  Mon Dieu, Jean, soigne-la. Je me sauve, le spectacle est insupportable. Viens Georges, cela ne nous regarde plus.

Nous sommes seuls, moi décomposé, bouleversé, toujours furieux.

– Marie, cette flagellation n’a aucun sens. Il aurait mieux valu contrôler ton comportement ce matin. La douleur n’efface pas ce que tu as fait. Pourquoi te punir d’un acte que tu as accompli en riant de bonheur ? D’ailleurs t’es- tu flagellée les autres fois ? Je ne me souviens pas d’avoir aperçu de telles marques sur ton dos. Tu ne te repens pas d’avoir baisé avec Hubert, mais plus exactement d’avoir été surprise par moi pendant que tu me trompais.

– Je regrette infiniment de t’avoir fourni ce spectacle. Je te demande pardon pour cette infidélité. Je te jure de ne plus recommencer. Pourras-tu me pardonner ou as-tu décidé de me chasser ?

– En réalité, je sais pour avoir entendu votre conversation, que ce n’est pas un accident unique, mais une habitude, une sorte de rite célébré à la même place pendant les randonnées mensuelles. Quitte-moi et va vivre avec ton amant. Car une femme comme toi se donne à un homme lorsqu’elle est amoureuse de lui. Tu semblais si heureuse à jouer pour attraper ta culotte, puis comblée  quand possédée contre cet arbre érigé en autel de Cupidon. Tu aimes cet homme, quand tu es avec lui tu rayonnes de bonheur, il serait normal que tu ailles t’épanouir à ses côtés. Si tu m’aimais encore, tu n’appartiendrais pas à un autre, tu n’irais pas chercher ton bonheur dans les bois ou ailleurs avec Hubert

– Pardonne-moi de te contredire. C’est une aventure, juste une aventure, rien de plus. Je ne suis pas amoureuse de lui. D’ailleurs Hubert est marié, tu le sais et il est père de deux enfants.

– Cela ne t’empêche pas de l’aguicher en lui promenant ta culotte sous le nez. Je ne t’ai pas vue te soucier de sa femme ou de ses enfants pendant que tu l’embrassais, que tu le suçais à pleine bouche, ou que vous vous envoyiez en l’air. Il n’a pas eu à te forcer, tu lui as tendu les fesses pour qu’il s’enfonce en toi, tu t’es appuyée des deux mains au tronc pour encaisser ses coups de gourdin. Si vous êtes épris l’un de l’autre, séparez- vous de vos époux respectifs et vivez ensemble. Je ne veux pas garder de force une femme qui préfère se faire culbuter par un autre. Tu peux aller, fais de ton aventure une belle histoire d’amour, mais sans moi.

– Ce n’est pas ce que tu crois. Je reconnais mes torts, j’ai fauté et je mérite d’être punie. J’en ai conscience et c’est le sens de ma flagellation. Tu as commencé à me punir à ta façon en passant en public les photos de nos préliminaires, baisers, étreintes et accouplements. Demain toute la ville sera au courant de ma faute. Cette humiliation est pire que quelques coups de ceinture. Si tu juges que c’est insuffisant, prends la ceinture et frappe-moi de toutes tes forces.

– Est-il dans mes habitudes de te frapper ? Tu pourrais t’arracher toute la peau du dos, cela n’effacerait pas de mon esprit le spectacle de votre union charnelle. Non et je ne vais pas m’abaisser de la sorte aujourd’hui. Je souhaite uniquement que tu rejoignes l’homme que tu aimes et auquel tu l’as encore prouvé ce matin dans la forêt. Vous ne vous livriez pas à un jeu, vous étiez passionnés. Sachez le reconnaître. J’ai bien entendu que vous étiez heureux de répéter un acte déjà accompli à plusieurs reprises. Il y a là tous les ingrédients d’une passion à laquelle vous ne pouvez plus vous soustraire. Chaque future randonnée, sans le hasard qui m’a arrêté à proximité de votre coin de forêt, aurait été une nouvelle occasion de batifolage, de faire des cabrioles dans les bois et de cocufier mari ou femme.

– Je ne voulais pas ce matin, mais Hubert a collé à moi. À force j’ai accepté de marcher avec lui. Et c’est arrivé. Me voilà bien avancée, couverte de honte à cause de ton diaporama.

– Ta promesse de ne plus recommencer sautera à n’importe quel moment, elle a la même force que la promesse solennelle faite à la mairie et à l’église d’être une épouse fidèle : elle ne vaut rien. Tu imputes ta honte au diaporama  plutôt qu’à ta conduite? Vraiment, tu n’as pas compris pourquoi je peux désespérer de l’avenir.

– Je n’irai plus en randonnée. Mais de grâce ne montre plus tes photos. C’est trop humiliant.

– Pour qui est l’humiliation?

– À l’avenir tu seras entourée d’hommes prêts à te faire la cour puis l’amour. Tu passeras pour la moins farouche, pour la plus accessible. Ils se diront : « Hubert l’a eue, pourquoi pas moi ? »Tu deviens une héroïne, tu feras fantasmer les mâles, ils rêveront de te faire l’amour et se jetteront à tes pieds de femme libérée.

– Ce n’est pas ce que je souhaite. Mais toi, tout le monde te plaindra. J’ai entendu les commentaires à l’atelier.

– Une partie seulement. Demain hommes et femmes blâmeront le pauvre type qui n’a pas su garder l’amour de sa femme. J’entends les murmures : « Un bon mari ne perd pas sa femme. Elle ne va pas chercher ailleurs ce qu’elle possède à la maison. Faut- il que Jean soit nul ! » Et toutes les femmes me fuiront.

– Encore une fois, je ne participerai plus aux sorties du club, ou je resterai tout près de toi.

– Enchaînée, peut-être, pour faire de moi la risée de la ville ? Qu’importe, vous aurez des milliers d’autres possibilités de vous enlacer et de faire l’amour. Tu jouis de beaucoup de liberté, mes chantiers me retiennent souvent loin de toi. Peut- être n’ai- je pas été assez présent. Esseulée il t’a fallu de la compagnie, un soutien, de l’amitié, des gestes gentils, des câlins et puis de fil en aiguille tu t’es liée à cet homme.

– C’est un accident de parcours. J’ai conscience de ma faute et de ta peine. Tu peux me couvrir de reproches.

– Si je peux te reprocher quelque chose c’est d’avoir choisi un père de famille. Y as-tu réfléchi ; je trouve que c’est moche. Mais peut- être est- il en rupture avec sa femme ? Ou peut- être l’as-tu cru lorsqu’il te l’a dit. J’ai travaillé dans sa maison, il y a deux mois, Hubert et Jeanne avaient des projets communs, semblaient unis. Depuis quand es- tu sa maîtresse ? L’étais-tu quand j’installais leur porte d’entrée au mois de mai ?

– Je ne suis pas sa maîtresse. Nous avons consommé quatre fois, pas plus et jamais en dehors de cette maudite randonnée. La première fois c’est arrivé en avril. Je marchais par hasard avec Jeanne et son mari. Il a glissé dans la conversation son intention de te confier du travail dans sa maison. J’ai prêté l’oreille, contente de t’amener un client. Il a sorti un plan de sa maison. Pour le déployer et l’examiner, lui et moi nous sommes assis sur le tronc d’arbre le plus proche. Sa femme a continué sa marche.

–  C’était le printemps, les oiseaux chantaient, l’eau des ruisseaux gazouillait, les fleurs embaumaient, j’étais heureuse, tout allait bien. » Ah ! C’est arrivé à cause du printemps ? À cause de sa femme qui ne s’est pas arrêtée ? Tout le monde est coupable sauf les deux intéressés ? Tu aurais pu goûter aux joies du printemps en marchant près de moi. Mais je ne te suffisait plus.

– L’ambiance était merveilleuse, Hubert vantait tes mérites d’artisan consciencieux et travailleur : j’étais euphorique.

– Le renard me louangeait et te flattait pour endormir ta vigilance. C’est un malin. L’encens t’est monté à la tête.

– Il m’a promis de te confier le chantier. Lorsque nous nous sommes levés, j’ai voulu le remercier, lui donner une bise sur les joues. Nos bouches se sont rencontrées. Nous nous sommes étonnés, regardés et embrassés. Du baiser aux caresses le pas a été franchi : ses mains ont englobé mes seins, il a caressé mon corps, m’a troublée et nous avons fait l’amour. Je ne peux pas expliquer ce qui est arrivé. Ce n’était pas calculé, ce n’était pas voulu. C’est arrivé.

– Ce doit être çà le coup de foudre. Vous avez été attirés l’un par l’autre. Veux- tu que j’applaudisse ? Hubert avait peut- être dressé un plan ? Non ? Tu ne penses pas ? Bon c’est arrivé et ensuite chaque mois vous avez estimé que ce « petit à côté » était bon à prendre.

– La première fois, je me suis compromise. Ensuite tu as commencé les travaux chez lui, je n’ai pas su comment lui résister. Je ne voulais pas d’histoires entre toi et lui. C’est un engrenage diabolique, on espère que ça va se terminer, l’autre relance et la crainte d’une dénonciation aidant, ça recommence.

– Dans la joie, je l’ai constaté. En quelque sorte, ma comptable s’est offerte à un client pour me procurer un chantier. C’est une histoire merveilleuse, dans laquelle le personnel est prêt à tous les sacrifices pour aider son patron à maintenir son entreprise à flot en ces temps difficiles.

– D’une certaine façon, l’aventure a débuté comme tu dis. Je me suis trop investie. C’est ce baiser de reconnaissance qui a tout bouleversé. Je m’en veux.

– Hélas le patron est aussi le mari de la comptable. Et ce mari est un type extraordinairement borné qui ne sait pas apprécier qu’après avoir acheté le contrat avec ton corps, tu aies jugé bon de remercier le client à chaque étape des travaux en te faisant sauter, avant de prolonger l’expérience sans autre motif depuis que j’ai terminé ce travail. Hubert y trouve son compte, toi aussi, désormais vous savourez gratuitement cette diversion mensuelle. Il ne fallait pas vous faire prendre. Il faut cesser de rêver et assumer les conséquences.

– Si tu savais comme je regrette. Je te demande pardon, je comprends ta peine et ta colère.

– Balivernes ! Pour t’avoir vue à l’œuvre, pour avoir admiré ton lever de jambe afin de faciliter la pénétration de sa bite, je ne peux pas gober l’expression de tes regrets. Ce sont des mots, rien que des mots. Ta flagellation elle- même est une mise en scène ridicule et elle ne m’émeut pas. Tu aurais pu et même dû faire valoir plus tôt ton sacrifice consenti pour la prospérité de notre entreprise! Le déclarer haut et fort pour qu’il soit crédible. Hélas ! Tu l’as soigneusement caché, gardé secret parce que tu le savais inavouable.

– Je comprends, tu ne veux pas pardonner ? C’est de ma faute. Donc tu me chasses, tu ne m’aimes plus ? Où irai-je ?

– Je chasserais volontiers l’épouse infidèle, je peux garder la comptable. Toutefois je poserai mes conditions. La maison est assez grande, nous ferons chambre à part désormais, si cela te convient. Acceptes- tu cette première règle de vie ?

– Je n’ai pas le choix, ce soir. Mais ce sera difficile. Bien entendu je me chargerai aussi du ménage et de la cuisine, comme avant ce jour ? Je te remercie. Tu verras, il n’y aura plus de problèmes. Un jour peut- être voudras-tu de nouveau de moi pour femme.

– Ne compte pas là-dessus. Je te garde en qualité d’employée, tu continueras à percevoir ton salaire au moins jusqu’à ce que tu déniches un autre emploi, pendant trois mois au maximum, avec prolongation possible jusqu’au jour où je t’aurai trouvé une remplaçante attrayante et convenable : je ne compte pas rester célibataire. Désormais tu pourras courir après qui tu voudras, coucher avec les hommes de ton choix. À une exception près : je t’interdis de revoir Hubert s’il ne veut pas se charger de toi. S’il divorce et s’il t’épouse, ce sera parfait, tu partiras avec mon accord. Mais je ne tolérerai aucune relation entre vous avant votre mariage, aussi longtemps que tu exerceras ici.

– Je n’ai pas l’intention de l’épouser, ni d’avoir des rapports sexuels avec lui. Je n’aime qu’un homme. S’il ne veut plus de moi, ce sera ma punition.

– Tu ne te demandes pas pourquoi j’ai décidé de garder la comptable ?

– Evidemment, pour tenir ta comptabilité. C’est le travail que tu m’as appris à faire. Et pour les tâches ménagères ? Oh ? Ce n’est pas possible ? Tu…

– Oui, tu tiendras les comptes. Pour tenir les comptes il faut des clients. Tu t’es illustrée dans l’art de les attirer, tu as su décider Hubert à utiliser mes talents. Ce sera ta nouvelle mission. Nous continuerons à participer aux randonnées. Il y a un chêne couché de l’autre côté du chemin où j’étais assis et d’où je vous observais. L’endroit est mieux abrité des regards que ton nid d’amour précédent. Je te désignerai mes futurs clients, tu sauras te retirer avec eux dans ce coin paradisiaque, étaler généreusement tes charmes, te montrer persuasive et arracher les contrats. Ce ne sont pas les amateurs de petites culottes qui manquent et ta réputation établie encouragera les plus timides.

– Je devrai … ? Faire comme avec Hubert ? Toi, tu me demandes ça ? Tu veux me vendre à d’autres hommes, me faire remplir de sperme pour garnir tes carnets de commandes ! C’est dégoûtant ! Tu te moques de moi, je ne suis pas une pute.

– Tu vendras ta culotte, tu ouvriras les jambes si nécessaire, tu étaleras ton sexe, tu accueilleras les verges les plus variées, tu paieras de ta personne, tu te constitueras un musée de souvenirs salaces pour tes vieux jours. J’ai vu ton efficacité avec Hubert. D’autres hommes mieux montés te donneront des orgasmes bien meilleurs. Tu gagneras sur tous les plans. Dans ce rôle tu t’es montrée parfaite et pour chaque contrat obtenu tu toucheras une commission. Enfin pour corser l’affaire, je me tiendrai tout près pour filmer vos ébats. Qu’en dis-tu ?

–  J’ai commis une erreur une fois, je me suis ensuite sentie prisonnière de cette première faute et je n’ai pas su comment mettre fin à ce piège d’Hubert. Tu ne me crois pas sincère lorsque je te dis que je t’aime et que je n’aime que toi. J’ai perdu ta confiance et ton amour. Tu n’as pas pour autant le droit d’exiger que je perde le peu de dignité qui me reste. Je regrette, je refuse de me prostituer pour l’essor de ton entreprise. Je préfère boucler mes valises et aller dormir à la belle étoile. Après je me débrouillerai. Je renonce à l’emploi de comptable chez toi. Tu es pire que moi.Ta déception ne te confère pas le droit de devenir un souteneur cruel.

Elle quitte le salon. Je l’entends bouger des valises, claquer des portes d’armoires et sangloter. Son refus de la sale combine de « comptable- rabatteuse » m’a ravi. « Ce peu de dignité qui lui reste » fait mon bonheur. Je l’appelle :

– Marie, je pourrai me passer de la comptable. Accepterais- tu de rester comme épouse ?

– Je savais bien que tu ne pourrais pas te passer de moi. Tu veux encore de moi, tu m’as fait peur. Je t’aime!

– Pas si vite, ma chère. Il te reste une épreuve à emporter pour me gagner. Hubert s’en tire trop bien. Nous sommes au bord de la rupture, lui roucoule avec Jeanne. Cela m’est insupportable. Le cochon doit être puni comme il le mérite. Demain tu le convoques ici pour une information importante. Tu lui annonces mon intention d’exiger immédiatement le solde de ce qu’il me doit.

– Tu lui avais accordé un délai.

– C’était avant ! S’il ne veut pas que je montre certaines photos à Jeanne, il ira emprunter ou cherchera un arrangement avec toi : par exemple il t’épouse et je rétablis le délai. Qu’il arrive lundi à sept heures trente, je serai parti dès sept heures. Tu le recevras en nuisette et string, sans soutien-gorge, tu le tenteras, tu lui demanderas de divorcer de Jeanne pour t’épouser ensuite. Il sera réticent, tu le tenteras, tu l’échaufferas. Ou il refuse ou il accepte, tu doseras le rapprochement, tu l’affoleras pour l’amener à promettre.

–  Tu me pousses encore à me prostituer ? Faut-il que tu me détestes? Tu veux me désespérer ? C’est toi que j’aime. Les apparences sont contre moi. Je ne veux plus m’unir à ce charmeur inconscient, marié et père de famille. Je devrai faire l’amour, me laisser prendre?

– Uniquement s’il s’engage à t’épouser et si tu estimes que c’est ta meilleure porte de sortie de cette aventure. Attention, je serai revenu et je surveillerai le rendez-vous. Tu devras rester maîtresse de tes sens et de la situation. Tu joueras au chat et à la souris. Je verrai qui tu préfères. Possédée par lui, tu m’indiqueras ton choix définitif et tu devras partir avec lui. Tu n’auras pas à craindre de violences, il ne pourra pas te forcer, je me montrerai s’il le faut.

Le lundi matin, à sept heures, caché à proximité de la maison d’Hubert, je guette son départ. Aussitôt après, muni de mon portable je sonne, Jeanne, sa femme, ouvre la porte, voit avec étonnement un certain nombre de photos, accepte de me suivre. Par le garage nous nous approchons du salon.

Marie est allongée sur le canapé dans une pose lascive, jambes dénudées, seins visibles, fardée, aguicheuse. Hubert a du mal à rester dans le fauteuil tout proche. Ils discutent vivement.

– Hubert, il faut choisir. Ou tu divorces à l’amiable ou je te contraindrai à perdre ton divorce pour adultère, mais alors il ne faudra plus venir me supplier de faire l’amour avec toi.

– Tu devrais comprendre. Je perdrais trop à divorcer, d’une façon comme de l’autre. Je suis fou de toi, mais j’ai des responsabilités.

– Il fallait y penser avant de me séduire. Pour ton plaisir tu m’as précipitée dans une situation inextricable, on peut dire dans la merde. Bon, j’entends, tu ne m’aimes plus, d’accord. Débrouille- toi pour payer ta dette dans les huit jours et oublie-moi. Va voir ailleurs pour te soulager les roupettes, je ne veux plus te voir.

Hubert se jette aux pieds de Marie, sanglote, la traite de sans-cœur, embrasse les pieds, embrasse les mollets, remonte vers les genoux, cherche à dégager les cuisses pour les caresser et les séparer. Marie lui sourit, freine et arrête la progression de la tête en direction de sa chatte :

– Non, c’est fini, ou tu m’épouses ou tu m’oublies.

Comme il est placé Hubert voit très probablement la fente du sexe, renifle son parfum enivrant. Il est près du but, s’excite et craque :

– Jure-moi que si je divorce tu divorceras aussi. Je t’aime et je te veux. Donne-moi un gage, donne-toi à moi. Il faudra me laisser un peu de temps avec Jeanne.

– Eh ! Bien, je serai à toi le jour où tu auras eu le courage de parler à ta femme. Je veux bien te donner un petit acompte ce matin, relève-toi, prends ma place, allonge-toi, ouvre ton pantalon.

Jeanne fulmine :

« La salope, le con ! Il obéit, il sort sa queue, le salaud. Il veut me quitter, m’abandonner, moi et mes enfants pour ta pouffiasse. Il me le paiera, je le ruinerai. »

L’acompte en réjouirait plus d’un. Marie agenouillée devant le canapé, a craché dans ses mains et masturbe joyeusement la trompe du mari infidèle. Hubert réclame une pipe, elle s’exécute. Elle joue avec le feu. Je n’ai pas précisé jusqu’où elle pouvait aller. Il y a pénétration de la bouche, pas du vagin. Et encore, une main de l’amant se dirige vers l’entrecuisse, grattouille dans la toison frisée, se fraie un chemin vers la vulve. Marie sursaute et s’écrie :

– Stop, j’ai dit « un acompte »

– Oui, mais vois dans quel état tu me mets. Allez, viens sur moi, prends moi en toi, un peu, juste un peu, je n’éjaculerai pas en toi, c’est promis. Un peu, s’il te plaît. Marie ne sois pas cruelle

– M’épouseras- tu ? Oui ? Jure-le.

Marie grimpe au- dessus de l’homme, lui présente sa chatte et se penche sur la verge raide. Hubert bave de plaisir, tire sur les fesses, attire à sa bouche les lèvres enflées et lèche avec ferveur, râle de bonheur

– Mais, ils vont baiser, ce n’est pas possible enrage Jeanne. Il faut les arrêter.

Moi, j’enrage. J’ai imposé une épreuve trop rude à une femme déboussolée, son choix semble fait.

À Jeanne je réplique tout bas :

– Impossible de les arrêter. Je veux savoir qui ma femme aime, votre mari ou moi. Laissons- les aller au bout et nous saurons. C’est indispensable.

Sous nos yeux la fièvre monte. Marie fait demi-tour, pose sa bouche sur celle d’Hubert, lève sa croupe, saisit le bâton brûlant entre ses doigts, le frotte contre sa vulve. Hubert supplie :

– Descends, donne- toi. Je sens la chaleur de ton con. Viens. Je pousse vers toi, descends, plus, allez….

Marie reste suspendue, maintient le gland au contact de ses lèvres et demande :

– M’épouseras- tu ? Écris-moi une promesse, datée et signée et je serai à toi.

Elle saute du canapé, donne la main à Hubert, le tire à table, lui présente papier et stylo et ordonne

– Écris.

Hubert hésite, s’assied, prend le stylo, écrit.

Jeanne bout, Marie penche ses seins dans le dos du scribe, lui caresse le visage, se redresse :

– Voilà, c’est fait. Tu as eu ton acompte. Tu peux aller. Réunis la somme due et viens payer Jean avant samedi.

– Non, tu triches. Couche- toi et ouvre tes cuisses. Tu te moques de moi. Je te veux ici et maintenant. Tu m’appartiens ou…

Il attrape les épaules de Marie. Jeanne bondit dans le salon, se jette sur le dos de son mari et hurle :

– Arrête, salaud.

Elle le bouscule, arrache des mains de Marie la promesse signée, la lit, la jette au visage de ma femme et déclare d’une voix tremblante de colère:

– Salope, garde-le, il est à toi. Et toi, mon cochon, tiens-toi loin de moi ou je te couperai les couilles. Gros dégueulasse. Je ne voulais pas croire mes amies, je suis venue, j’ai vu et tu vas payer. Salaud.

Elle part nerveuse. J’entre à mon tour. Marie vient se blottir dans mes bras, se colle contre moi et congédie Hubert.

– Rajuste tes vêtements. Va.

Je m’adresse à ma femme :

– J’ai eu très peur. Il était moins une.

– Il ne m’a pas pénétrée. J’ai dominé mes sens. Jeanne s’est manifestée à temps. À la fin il m’a fait peur lui aussi. C’est qu’il poussait fort pour me prendre. L’animal m’aurait violée, l’aurais-tu laissé faire ?

– Oublie tout ça. Essayons de reconstruire un couple uni et fidèle.

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