C’était une époque bien différente d’aujourd’hui. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore envahi nos vies. À la place, chacun, ou presque, on tenait un blog. On partageait sa passion pour la couture, ses astuces santé, ses trouvailles mode… et parfois, plus rarement, ses confidences intimes, érotiques, crues. C’était une autre manière de se dévoiler, plus secrète, plus excitante aussi.
Ce soir-là, seul dans mon appartement, je naviguais de blog en blog, curieux, un peu voyeur. J’avais envie de lire des récits chauds, de tomber sur un témoignage qui me ferait vibrer, fantasmer, peut-être même me faire craquer. Après une bonne vingtaine de minutes à sauter de lien en lien, je tombe sur un titre qui me cloue sur place : “ANAE – femme mariée infidèle”.
Évidemment, je clique.
Là, je plonge. Anaë a 45 ans. Mariée, oui, mais pas fidèle. Ou plus, disons. Ce blog, c’est le journal de son éveil, ou plutôt de sa renaissance sexuelle. Elle y raconte ses premiers pas dans l’inconnu, ses nuits dans des clubs libertins, ses découvertes avec des femmes, des hommes, parfois plusieurs à la fois. L’exhibition, les plaisirs partagés, l’abandon des tabous… Ses mots sont francs, directs, sensuels sans être vulgaires, terriblement excitants. Je dévore tout. Chaque billet me fait monter un peu plus en pression. Très vite, je suis dur comme jamais. Impossible d’attendre, je me soulage, là, en lisant ses confessions, la main crispée, le souffle court.
Arrivé au dernier article, je remarque une petite note discrète : une adresse mail proposée pour les lecteurs qui souhaiteraient réagir. Un simple commentaire, peut-être. Je souris. Bien sûr, je ne suis sûrement pas le premier à lui écrire. Elle doit crouler sous les messages de mecs excités comme moi, et elle n’a sans doute ni le temps ni l’envie de répondre à tous.
Mais… on ne sait jamais.
Alors j’écris. Quelques lignes, honnêtes, où je lui dis à quel point ses mots m’ont troublé, excité, accroché. Je clique sur “envoyer”, sans trop y croire.
Puis, j’attends.
Les jours passent, puis les semaines. Je finis par l’oublier, ce blog d’Anaé. Une lubie de soirée solitaire parmi tant d’autres. Il y avait eu ce moment d’excitation pure, cette montée du désir au fil des lignes, ce plaisir arraché dans le silence de la nuit. Et puis la vie avait repris son cours. Le boulot, les amis, les petites habitudes. Un matin, en ouvrant machinalement ma boîte mail, mon regard s’arrête sur un nom.
ANAË. Sujet du message « Merci pour votre soutien« .
Mon cœur bat un peu plus vite.
Je clique. Le message est simple, direct, presque laconique, et pourtant, il a l’effet d’une décharge électrique. « Merci pour votre soutien, je suis heureuse que celui-ci vous ait fait avoir du plaisir. »
Elle a répondu.
Alors que je m’étais imaginé être juste un lecteur de plus, un parmi la masse anonyme de ceux qui fantasmaient sur ses récits, elle avait pris le temps de me répondre.
Je reste quelques secondes figé, comme si le mail pouvait disparaître sous mes yeux. Puis, lentement, un sourire me vient. Il y a quelque chose dans sa phrase… une légèreté assumée, presque un clin d’œil. Elle sait exactement l’effet qu’elle produit, et elle s’en amuse.
Je relis sa phrase plusieurs fois. « … Je suis heureuse que celui-ci vous ait fait avoir du plaisir.”
Elle parle de plaisir sans détour, comme dans son blog. Sans fausse pudeur. C’est troublant.
Mes doigts pianotent déjà sur le clavier, presque malgré moi. Une réponse, oui. Je veux qu’elle sache que je ne suis pas qu’un simple voyeur. Que j’ai envie de comprendre ce qui l’a menée là. Que son parcours, au-delà de l’excitation, m’intrigue. Je commence à écrire. Quelque chose de sincère, mais sans lourdeur. Je lui dis que ses récits ne m’ont pas seulement excité, ils m’ont fasciné. Que cette liberté qu’elle assume m’interpelle, me questionne. Je glisse une ou deux questions, pas trop directes, pour ne pas effrayer.
Est-ce qu’elle écrit encore ? Est-ce qu’elle continue ses explorations ? Est-ce qu’elle a conscience de ce que ses mots déclenchent chez ceux qui la lisent ?
Je relis mon message, puis j’appuie sur “envoyer“. De nouveau, j’attends.
Mais cette fois, pas tout à fait comme la première.
Anaë et moi échangeons plusieurs mails durant quelques jours, nos messages se font plus longs, plus personnels. Elle me parle de son quotidien, de ses doutes parfois, de ses envies souvent j’essaie de ne pas être trop intrusif, mais la curiosité grandit, tout comme une étrange forme de complicité, une forme de confiance s’installe, discrète, mais réelle.
Alors, un soir, je me lance. Je lui propose simplement d’échanger nos numéros, pas pour l’appeler tout de suite, non juste pour qu’on puisse continuer à discuter par SMS, plus spontanément, si un jour elle en a envie, pourquoi pas une conversation de vive voix.
J’envoie le message, sans pression j’essaie de rester détaché, mais au fond, j’espère. Les jours passent une semaine, rien, bientôt presque deux.
Je me surprends à vérifier mon téléphone plusieurs fois par jour à relire nos échanges, à me demander si je n’ai pas été trop direct ou peut-être naïf. Une partie de moi se dit que j’ai été idiot d’y croire, que ce blog était peut-être un leurre un fantasme de mec en mal d’attention, caché derrière un prénom de femme et quelques récits torrides. Je commence à passer à autre chose lentement. Jusqu’à ce soir-là.
Mon téléphone vibre numéro inconnu, je décroche, machinalement.
– Allô ?
Un léger silence, une voix douce, féminine, posée.
– Bonjour… c’est Anaë. Je ne vous dérange pas ?
Je reste figé un instant, sa voix réelle inattendue.
– Non… non, bien sûr que non. Vous ne me dérangez pas du tout, bien au contraire.
Elle rit doucement. Ce rire… il contient tout ce que ses mots n’avaient pas pu transmettre. Une chaleur, une maturité, une sensualité à peine voilée. La conversation s’installe, naturelle. Un peu timide au début, puis de plus en plus fluide, on parle longtemps, d’elle, de moi, du blog, de ce qu’il représente, elle m’avoue qu’elle a hésité à m’appeler, qu’elle ne le fait jamais, qu’elle avait besoin de sentir que mes intentions n’étaient pas juste celles d’un lecteur en chaleur, qu’elle avait eu le sentiment que, derrière mon excitation, il y avait autre chose.
Elle ne s’était pas trompée. Moi non plus.
Au fil de cette première conversation, je me surprends à lui parler de moi sans détour, je lui dis que je suis restaurateur, que j’ai mon propre établissement à Montmartre, un petit coin à moi, entre effervescence parisienne et ruelles plus calmes, un lieu où je passe mes journées, mes soirées, souvent mes nuits. Je lui propose, sans insister, de venir un jour que je serais heureux de l’accueillir. Rien de plus.
Mais sa réponse est douce et ferme à la fois, elle habite à Tours, elle ne vient que très rarement à Paris, surtout, elle est mariée et ne fait pas toujours ce qu’elle veut, même si elle aimerait parfois. Ses mots sont francs, lucides, il y a dans sa voix ce mélange de retenue et de désir contenu. Elle n’ouvre pas la porte… mais elle ne la ferme pas non plus.
Je raccroche, un peu troublé, je comprends que ce ne sera sans doute qu’un jeu à distance, une relation faite de mots, de silences, d’attentes. Dommage… car je sens déjà que j’aurais aimé plus, l’avoir en face de moi la voir, sentir ce que sa présence pourrait éveiller en moi.
Alors, commence un autre jeu.
Un jeu à part lent, addictif, celui de la séduction par message interposé.
Pendant plus d’un mois, à raison de trois ou quatre SMS par jour, nous nous dévoilons par petites touches. Elle m’écrit depuis sa voiture, parfois même arrêtée sur un parking, juste pour me dire ce qu’elle porte ce jour-là, elle aime ça, sentir qu’elle m’intrigue, qu’elle me trouble, elle joue sans vulgarité, mais avec une maîtrise troublante. De mon côté, je pose des questions, toujours un peu plus osées, je veux savoir ce qu’elle porte, ce qu’elle a ressenti la dernière fois qu’elle a fait l’amour, ses fantasmes, ses souvenirs, ses envies secrètes. Elle me répond, parfois avec pudeur, parfois avec audace, elle se libère par l’écrit, là où la voix pourrait trahir ses émotions, ses hésitations.
Curieusement, on ne s’appelle pas, elle est mariée, il faut faire attention et moi, avec les horaires du restaurant, je termine tard, je dors peu, je cours tout le temps. Nos messages deviennent un rendez-vous régulier, une respiration dans nos journées bien remplies.
Et puis un matin, un dimanche.
Jour de fermeture, je dors un peu plus longtemps que d’habitude. Mon téléphone vibre doucement sur la table de nuit.
Un message.
Bonjour, c’est Anaë. Tu peux me téléphoner cette après-midi ? Mon mari et ma fille ne sont pas là. J’aimerais t’entendre.
Je reste allongé, le message affiché devant mes yeux, mon cœur s’accélère doucement. Ce n’est pas un simple SMS, c’est une brèche qui s’ouvre, une voix que je vais enfin retrouver, une présence, plus incarnée.
Je lui réponds simplement :
Dis-moi l’heure, je serai là.
À 14 heures, je compose son numéro, mes doigts sont moites, mon cœur tape fort dans ma poitrine, comme s’il voulait s’échapper. À la deuxième sonnerie, elle décroche, sa voix me traverse aussitôt, douce, légèrement tremblante, presque murmurée.
– Bonjour…
Ce mot, si simple, me bouleverse, il n’a duré qu’une seconde, et pourtant, je le ressens comme une caresse, ce n’est plus Anaë, la narratrice du blog, c’est elle, réelle, vivante, à l’autre bout du fil, dans un moment volé à son quotidien. Sa voix est chaude, enveloppante, un peu rauque, comme si elle sortait à peine d’un rêve.
Les premières minutes sont banales, on parle de la météo, de nos matinées, d’un plat que j’ai préparé la veille au restaurant. Elle rit doucement, sa voix un peu plus détendue, sous ces banalités, je sens la tension, cette chaleur discrète qui monte, cette attente muette entre nous deux.
Alors, je décide de ne plus tourner autour.
– Dis-moi… où es-tu, là, maintenant ?
Un petit silence.
– Dans le salon, sur le canapé.
– Tu es allongée ? Assise ?
– Allongée… les jambes repliées sous moi, je suis bien.
Ma voix se fait plus basse, plus lente :
– Et… tu es habillée comment, Anaë ?
Elle ne répond pas tout de suite, je perçois une inspiration, longue, presque timide.
– J’ai une jupe noire, courte en coton léger… Tu sais, ce genre de tissu qui épouse un peu les formes, elle remonte quand je m’installe comme ça là, elle est coincée sous ma cuisse. Mon chemisier est blanc, un peu transparent, avec les manches retroussées, il est ouvert de deux boutons, juste ce qu’il faut. Sa voix a changé, plus grave, plus posée.
Je ferme les yeux. Je l’imagine.
– Et… dessous ?
Un soupir discret, puis elle répond – Une culotte en dentelle, rouge foncé, très fine, elle est presque invisible sous la jupe. J’aime la sensation de ce tissu contre moi, c’est doux… léger… presque excitant, rien que de la porter.
Je ne dis rien, je la laisse dérouler, doucement.
– Mon soutien-gorge… assorti en dentelle lui aussi, il ne couvre pas beaucoup, juste ce qu’il faut pour les maintenir, mais on devine tout, quand je respire, la dentelle suit la forme… et laisse passer un peu de peau, un peu de chair.
Je souffle doucement, absorbé, troublé. Sa voix est un murmure, comme si elle chuchotait dans mon oreille.
– Tu imagines ?
– Oui… très bien.
Je l’imagine. Allongée là, dans cette tenue à la fois élégante et terriblement sensuelle, sa jupe légèrement remontée, son chemisier entrouvert, dévoilant les courbes discrètes de sa poitrine, cette dentelle contre sa peau… ce tissu qui effleure plus qu’il ne couvre, qui souligne l’intimité sans la révéler tout à fait.
Elle respire un peu plus fort. Moi aussi. Il y a un silence, dense chargé, aucun mot n’est nécessaire. Juste le son de deux souffles, accordés. Plus rien n’existe que ce lien entre elle et moi. Le téléphone collé à l’oreille, sa respiration dans mon creux, sa voix tremblante, sa description qui me fait bander à en perdre la tête. Je prends le contrôle, d’un ton plus ferme presque un ordre.
– Fous-toi à poil.
Silence, un souffle plus sec, pas un refus, une hésitation brûlante, elle obéit.
J’entends le froissement du tissu, le glissement du chemisier qu’elle déboutonne lentement, la jupe qui tombe, la dentelle qu’elle descend le long de ses cuisses. Elle me le dit, dans un murmure, elle est nue. Complètement.
Je ferme les yeux, mon sexe palpite. Je la guide, d’une voix basse, contenue.
– Maintenant, tu vas caresser tes seins. Doucement.
Elle s’exécute, me raconte ce qu’elle fait, ses paumes chaudes sur sa poitrine, les pointes de ses tétons qui durcissent sous ses doigts, les pincent, elle gémit presque malgré elle.
– Pas entre tes cuisses. Pas encore.
Je la tiens, je l’empêche de basculer, elle le sait, ça la rend folle.
– Dis-moi… tu as un sex toy ?
– Non. Rien. Juste… quand je suis trop en manque… je prends le manche de ma brosse à cheveux.
Je souris.
– Va la chercher.
Elle se lève, je l’imagine nue, traversant sa maison, les cuisses moites, le sexe qui pulse déjà. Elle entre dans sa chambre, ouvre un tiroir, elle revient, le souffle court.
Je parle plus lentement plus bas. Comme si je lui chuchotais à l’oreille.
– Lèche-le comme si c’était ma queue.
Elle obéit, sans poser de question.
J’entends le clapotement discret de sa salive, sa langue qui glisse sur le manche. Elle gémit à travers ses lèvres entrouvertes, elle fait durer, elle aime ça, j’imagine sa bouche gourmande, ses lèvres rouges autour du plastique froid, qui devient chaud sous ses va-et-vient.
– Maintenant… caresse ton ventre, tes cuisses, fais-lui le tour, approche-le… effleure l’entrée, juste effleure.
Elle me décrit tout. Son ventre qui se contracte, les petits cercles qu’elle dessine autour de sa fente, l’excitation qui monte comme une vague, sa voix devient rauque, charnelle, me dit que le manche glisse contre ses lèvres, qu’elle le presse à peine contre son clitoris gonflé, sans oser le toucher vraiment qu’elle est trempée que ça coule.
Je veux plus.
– Descends le téléphone. Mets-le entre tes cuisses, je veux entendre.
Elle obéit. Le combiné se déplace, un bruissement, puis un son humide, charnel, indécent, soudain, un râle.
Elle le pénètre, d’un coup. Un cri bref, étouffé. Sa voix s’éteint, remplacée par le rythme de sa respiration, saccadée, haletante, le manche glisse, ressort, replonge. Je l’entends chaque mouvement, chaque succion, gémit, halète, perd le contrôle. Elle jouit, sans retenue, une explosion gutturale, vraie.
Clic. Elle raccroche.
Je reste seul, l’oreille vide, pas un mot, pas un au revoir. Un vide délicieux, brutal. Je garde le téléphone contre moi encore chaud encore imprégné de sa voix. Le lendemain, en fin de matinée, un simple SMS :
« J’ai coupé la communication pour garder mon plaisir jusqu’au bout. Sans discussion inutile.”
Je souris. Elle m’a eu, ce n’est que le début.
Nos échanges reprennent, mais cette fois, il n’y a plus de retenue, plus de barrière, chaque message est un pas de plus vers l’obscène, vers ce terrain où le plaisir n’a plus besoin d’alibi.
Elle m’écrit plusieurs fois par jour. Ce qu’elle porte, ce qu’elle ne porte pas.
Je lui ai interdit la culotte, certains jours, un ordre sec dans un message.
« Pas de culotte aujourd’hui. Marche avec cette idée entre les jambes. »
Elle obéit, elle me le confirme en détail l’air frais sous sa jupe, l’humidité qui perle parfois entre ses cuisses quand elle pense à moi, quand elle pense à ce qu’on s’est dit, quand elle repense à la brosse. Elle l’a toujours dans son sac, maintenant, je l’ai exigé.
« Toujours sur toi. Comme un rappel. Comme un jouet. À moi. »
Elle s’y est pliée, presque avec excitation, elle l’appelle « ta brosse », comme si ce morceau de plastique était devenu le prolongement de mon sexe, un lien physique entre nos deux corps pourtant éloignés.
Je lui impose des jeux. Dans les toilettes de son boulot, ou dans sa voiture garée, moteur encore chaud.
« Va dans les w.c.. Tout de suite. Mets un doigt dans ta chatte. Écris-moi pendant que tu le fais. »
Elle le fait, elle s’enferme, elle me décrit le clac sec du verrou, le tissu qu’elle remonte, sa main entre ses cuisses, les doigts qui glissent sans effort, sa jouissance muette, volée, dans le silence.
Dans sa voiture aussi, baisse un peu son siège, et m’écrit en temps réel des mots crus, comme je l’ai voulu.
Je lui ai interdit le romantisme, je veux du sexe brut, du désir pur, je veux qu’elle nomme les choses. « Chatte. » « Mouillée. » « Gorge. » « Bite. »
Elle me l’écrit noir sur blanc, parfois tremblant, parfois sale, mais toujours honnête. Ça l’excite de franchir cette ligne. Elle me confie ses fantasmes, entre deux messages :
Être attachée. Forcée à rester nue dans une pièce close, observée, un inconnu la regarde pendant qu’elle se touche, elle y pense souvent. Un jour, elle me raconte, elle était sur un parking, voiture arrêtée, moteur éteint, elle m’écrivait, je l’avais chauffée par SMS, guidée pas à pas, avait glissé sa main sous sa jupe, la brosse entre les jambes, me disait qu’elle se caressait avec, qu’elle en voulait plus, qu’elle avait chaud, qu’elle avait envie de se faire baiser là, sur le siège, en pleine lumière. Puis, un coup de klaxon, brutal, elle lève les yeux, un routier, à trois mètres, depuis sa cabine, il l’avait vue, il souriait, pas moqueur. Juste… complice. Elle m’a écrit juste après.
« Il m’a vue. Il m’a regardée. Je n’ai pas arrêté. Je crois qu’il m’a vue jouir.«
Elle venait de franchir une autre limite. Une bascule, elle en redemandait.
Pendant deux semaines encore, nos jeux se poursuivent, chaque jour un peu plus osés, plus torrides. Elle se prête à toutes mes envies, je sens dans ses mots une impatience contenue, une tension à fleur de peau moi aussi, je n’en peux plus. Un mercredi matin, son message tombe.
‘Vendredi, je viens à Paris. J’ai un rendez-vous à 11h. Si tu es libre après, je viens déjeuner dans ton restaurant. Et… plus si tu veux.”
Plus si je veux ? Autant dire que je n’attendais que ça.
Le vendredi arrive, j’ai à peine dormi la veille. Le service du midi est un flot continu de clients, de commandes, de sourires feints, mais au fond de moi, un feu. Mon regard file sans cesse vers l’horloge midi, midi trente, treize heures… Puis elle arrive.
Anaë.
Pas comme dans mes fantasmes non. Exactement comme dans mes fantasmes.
Une jupe de tailleur qui moule ses hanches, un chemisier blanc, léger, tendu sur ses seins. Le printemps caresse Paris d’une chaleur douce.
Elle entre, souriante, naturelle, pourtant dans son regard, une lueur que je reconnais celle de nos nuits d’échange. Le repas est un prétexte. Les plats défilent, je ne me rappelle même pas ce que je lui ai servi.
Moi, je ne vois que sa bouche, que sa gorge quand elle boit, je pense à la dentelle sous sa jupe aux bas qu’elle m’a promis. Puis vient la fin du service, les clients s’éclipsent, le personnel aussi, je les salue d’un ton calme, presque hâtif. Je baisse le rideau de fer, la salle plongée dans une semi-pénombre. Elle reste assise sur sa chaise, je m’approche un instant suspendu sans un mot, on se jette l’un sur l’autre.
Pas un baiser tendre, pas une caresse douce, c’est brutal, c’est animal, une libération. Je l’embrasse comme si j’allais la dévorer, mes mains sous son chemisier, ses ongles dans mon dos, je déboutonne à peine, je déchire presque sa poitrine déborde du soutien-gorge, j’y enfouis mon visage dans son cou, puis plus bas, elle halète, me pousse contre elle, avide.
Je fais glisser sa jupe jusqu’au creux de ses reins, je les découvre ses bas noirs, autofixants, qui s’arrêtent à mi-cuisse. Sous la dentelle, sa culotte est fine, mouillée. Je la soulève, la pose sur une des grandes tables du fond, le bois est froid sous ses fesses, ses cuisses s’ouvrent, je me penche. Je la lèche longuement lentement d’abord, en savourant chaque tremblement, plus profond, jusqu’à la sentir s’agripper au bord de la table, elle étouffe ses cris, je la sens vibrer sous ma langue, presque au bord. Je ne veux pas qu’elle jouisse encore, je me redresse, la retourne, la jupe relevée, la culotte à mi-cuisses, elle se penche d’elle-même sur le bar, un tabouret est là, je la prends en levrette, brutalement sans douceur, sans prévenir, elle pousse un râle, je la tiens par les hanches, mon bassin claque contre ses fesses nues, je vais profondément, sans retenue. Elle mouille, elle gémit.
Nos corps se cognent, se cherchent, s’écrasent dans cette arrière-salle transformée en chambre de débauche. D’un coup, elle se cambre, le dos en arc, le souffle coupé, dans un long râle qu’elle tente d’étouffer, elle lâche tout.
Une explosion ! Un torrent chaud lui jaillit du sexe, une vraie femme fontaine. Elle gicle contre mes cuisses, ruisselle sur ses bas, éclabousse le tabouret, le sol, mes mains, nos ventres collés. Son corps se met à trembler de partout des spasmes incontrôlables une jouissance déchirante. Je reste en elle, profondément ancré, surpris un instant par l’abondance de son plaisir, par cette offrande sauvage, elle gémit, haletante, puis se fige, je sens ses doigts qui agrippent le bord du bar, et puis un silence, soudain, elle tourne légèrement la tête, rouge, le souffle saccadé, honteuse.
– Pardon… j’ai… j’ai trop joui…
Elle est gênée, presque confuse d’avoir inondé ainsi moi, je bande à nouveau, rien qu’à la voir, trempée, luisante, offerte, je me penche contre son dos, colle mes lèvres à son oreille.
– Tu as joui pour moi, Anaë. C’est magnifique. C’est exactement ce que je voulais.
Je me retire lentement, mon sexe luit de son jus, ses cuisses sont trempées, ses bas collés à sa peau. Un filet de cyprine coule encore de sa fente, brillant entre ses lèvres rougies, un spectacle qui me rend fou. Je tombe à genoux, je veux goûter, nettoyer chaque goutte, chaque trace, la savourer jusqu’à la dernière perle.
J’ouvre sa fente de mes doigts, écarte doucement les lèvres luisantes de son sexe, son petit abricot rose palpite encore. Vibrant. Gonflé. Bouillant. Je la lèche comme un fruit sucré, je bois ce qu’elle vient de me donner, elle gémit à nouveau, encore plus fort, incapable de retenir son corps qui recommence à trembler, ma bouche se régale, sa peau a le goût du sexe, de la sueur, de la liberté, je l’aspire, je la suce, je la pénètre de la langue, je glisse un doigt lentement, puis deux, elle râle, son corps convulse et elle jouit à nouveau, sans prévenir, les jambes en coton, le souffle coupé, elle est en vrac, le visage écrasé sur le bois du bar, les cuisses ouvertes, le sexe épuisé, elle sourit, un sourire battu par le plaisir.
Un sourire qui dit j’ai tout donné. Et j’en veux encore.
Mais moi, je ne suis pas allé au bout.
Je bande toujours, dur, gonflé à en crever. Je me suis retenu de jouir, je veux plus, je veux l’explosion, pas sur ce tabouret, pas à moitié nus entre des nappes et des couverts. Je veux plus sale, plus cru, plus libre.
Je l’aide à se relever, elle tremble encore, son sexe ruisselle sur ses cuisses, un baiser volé. Puis je lui glisse à l’oreille, avec un sourire.
– Viens. Suis-moi. J’ai une idée.
Elle fronce à peine les sourcils, intriguée, mais elle dit oui sans un mot.
On monte dans ma voiture, direction la rue de Provence.
Un sauna, pas un de ces centres aseptisés pour cadres stressés. Non. Un vrai sauna libertin éclairé au néon rouge, murs boisés, ambiance moite, confidentielle, je connais.
Quand je lui dis où on va, elle me regarde, calme. Son regard ne vacille pas.
– Tu crois que ça me gêne ? J’en ai déjà fait. Club, hammam, coins sombres…
Elle sourit, mordille sa lèvre.
– Tu veux me voir m’offrir, hein.
Je ne dis rien. À l’accueil, on donne un prénom, juste un, pas besoin d’autre chose ici. On nous tend une serviette chacun, je la vois s’éclipser dans les vestiaires quelques minutes plus tard, elle ressort, nue simplement drapée dans sa serviette blanche qu’elle ne ferme même pas, ses seins pointent dessous, ses cuisses découvertes à chaque pas. L’excitation est presque indécente. Visible.
On descend les marches vers les vapeurs chaudes, vers les regards. Anaë marche devant, hanche souple, assumée, elle sait exactement où elle met les pieds.
Et moi, je sais exactement ce que je vais faire d’elle ici.
Après un le sauna brûlant, où un tas de mecs ont remarqué la belle, on passe dans le hammam. Vapeur épaisse, odeur de menthe et de sueur.
Je la caresse, mes doigts glissent sur sa peau détrempée, douce comme de la soie mouillée, je m’attarde sur ses seins, je les malaxe, je les presse, elle gémit doucement, les yeux clos, offerte.
Mes mains descendent, son ventre tremble, je la caresse lentement entre les jambes, mes doigts s’enfoncent dans sa chatte brûlante, elle râle dans la vapeur, elle colle son dos contre mon torse, sa nuque dans mon cou, elle se frotte à moi comme une chienne en chaleur.
Je pourrais la prendre là, encore, l’achever, je me retiens, je veux voir jusqu’où elle peut aller.
On sort du hammam, ruisselants. On enfile nos serviettes direction le grand salon. Canapés, lumière plus douce, ambiance plus calme, d’autres couples, d’autres jeux, un regard ici, une main là, des souffles tendus.
Un couple nous observe depuis un moment. Ils se lèvent. La femme, brune aux yeux sombres, seins lourds, tatouage discret au creux des reins, s’approche.
Elle s’arrête juste devant Anaë, murmure à son oreille :
– Tu es belle. Tu veux jouer un peu avec moi ?
Anaë ne recule pas, son regard reste droit, à peine troublé, elle me jette un coup d’œil, je la fixe, un demi-sourire.
– C’est toi qui décides, Anaë.
Elle incline légèrement la tête. La brune sourit. Se présente
– Zoé. Mon mari, Patrick. Il ne te touchera pas. Il ne fera que regarder. Sauf si toi, tu veux.
Anaë hoche à nouveau la tête, la tension est là, entre leurs peaux déjà humides.
Zoé pose les mains sur les hanches d’Anaē lentement, doucement, l’attire vers le canapé, l’allonge, écarte ses cuisses. Anaë ne dit rien, elle est prête, elle a chaud, elle a envie, ça se voit, ses doigts se crispent déjà sur le tissu.
Zoé se penche, sa bouche descend, glisse le long de son ventre, de ses hanches, et elle lape sa fente, d’abord du bout des lèvres, un frisson secoue Anaë., elle gémit, déjà, murmure entre deux soupirs.
– Je pourrais jouir très vite. Très fort. Je suis une femme fontaine…
Zoé ne répond pas, sa langue s’agite, elle suce, elle lèche, elle joue.
Anaë se cambre, mord sa propre main pour ne pas hurler, ses cuisses tremblent, son ventre se contracte.
Patrick regarde. Immobile les yeux rivés sur la scène, sa main posée sur sa propre cuisse, sans bouger un vrai voyeur. Moi… je suis là, bandé comme jamais à deux doigts d’éclater.
Anaë gémit plus fort. Son corps commence à trembler. Elle n’en peut plus.
– Zoé… continue… je… je vais.
Zoé s’arrête net, sa bouche s’arrache du sexe ruisselant d’Anaë, luisant, gonflé, prêt à déborder.
Anaë gémit, frustrée, les cuisses encore ouvertes, tendue, la respiration saccadée.
– Pas encore, murmure Zoé en se relevant, la bouche brillante de cyprine.
Elle balaye la pièce du regard. Deux hommes assis un peu plus loin ne quittent pas Anaë des yeux des voyeurs, comme Patrick, mais l’un deux se caressait sous sa serviette.
Zoé les désigne du menton, s’approche d’eux. Ils sont différents, mais complémentaires. L’un, brun, la cinquantaine, musclé sec, torse couvert de poils, regard calme et intense. L’autre plus jeune, la trentaine, grand, métis, sourire aux lèvres, corps sculpté, queue déjà mi-dure.
Zoé leur parle tout bas, je l’entends.
– Elle est prête. Si vous la léchez bien, elle va vous inonder. C’est une vraie fontaine.
Les deux types se lèvent, sans dire un mot.
Zoé revient vers Anaë qui les regarde arriver, haletante, surprise, mais excitée. Elle ne dit rien, elle ouvre un peu plus les jambes, elle accepte. Zoé s’agenouille près de sa tête, lui caresse les cheveux, la rassure d’un murmure.
Les hommes s’installent. Le plus jeune descend entre ses cuisses, sa bouche contre la fente déjà trempée, il commence à lécher, lentement, profondément il a l’air de savoir-faire, il appuie sa langue à plat sur son clito, puis glisse jusqu’à son trou, remonte, aspire.
Anaë se tend de tout son corps, elle gémit fort, elle n’en peut plus.
L’autre homme lui prend un sein en bouche, le mordille doucement, ses mains malaxent l’autre, plus fermement. Ses lèvres sont rudes, brûlantes. Anaë s’abandonne complètement. Sa voix devient rauque, presque animale.
– Encore… oui… là… gémit-elle.
Zoé lui chuchote à l’oreille, des mots qu’on n’entend pas. Anaë se cambre d’un coup.
Son ventre se contracte. Anaë jouit. Un cri rauque s’échappe de sa gorge, presque un rugissement. Son bassin se soulève violemment, incontrôlable, d’un coup, une vague jaillit d’elle un flot chaud, puissant, incontrôlé.
Les deux hommes ne reculent pas. Au contraire. Le plus jeune lape goulûment, le visage trempé, la bouche ouverte pour tout recevoir. L’autre rit doucement en la regardant se déverser, puis baisse sa tête pour goûter à son tour. Ils boivent son jus, affamés, comme si c’était un nectar rare. Anaë gémit encore, elle tremble de tout son corps, submergée.
Je ne tiens plus. Je m’avance, la saisis par le bras, l’aide à se lever. Ses jambes flageolent, elle est trempée, ouverte, offerte. Je l’emmène à l’écart, dans un coin plus discret, une alcôve à demi dissimulée par un rideau.
Là, sans un mot, je la plaque contre le mur. Je baisse ma serviette, ma queue est dure comme jamais. Je la prends. Brutalement, elle pousse un râle d’animal. Je la pénètre d’un coup sec, profond, son dos se cambre, sa tête part en arrière. Je la pilonne sans retenue, je claque contre ses fesses, mes mains agrippent ses hanches, je suis en elle comme jamais. Elle mouille encore, elle dégouline, elle gémit comme une salope en manque.
Derrière nous… ils suivent.
Zoé entre dans l’alcôve, s’approche, nue, excitée, elle se penche vers Anaë, l’embrasse à pleine bouche. Leurs langues se mêlent, Zoé descend, caresse, lèche ses seins, joue avec ses tétons, la suce pendant que je la prends. C’est torride, c’est intense. Je sens que ça monte, mon ventre se contracte, ma queue vibre dans sa chatte trempée. Une voix derrière moi. Grave. Douce.
– Jouis dans ma bouche.
C’est Patrick, il est là, nu, à genoux, il me regarde, les yeux brillants, sa bouche s’ouvre. Je n’hésite qu’une seconde. Ma queue jaillit, encore couverte de son jus. Patrick s’approche, la bouche tendue, je jouis fort une explosion, des jets épais, puissants, qui atterrissent dans sa gorge, sur sa langue, il les avale sans broncher, avec dévotion. Mon souffle est court, je vacille. Zoé s’approche, l’embrasse longuement langoureusement.
– Partage, murmure-t-elle.
Il lui offre ma semence, de sa bouche à la sienne, elle la reçoit, la goûte, l’avale en me fixant, provocante. Puis elle embrasse Anaë qui sourit, soumise et repue. Trois bouches, un même goût.
Sous la douche, l’eau chaude ruisselle sur nos corps encore moites, tremblants d’excès, de désir contenu et déjà renaissant, je suis collé à son dos, son corps glisse sous mes mains, ma paume droite enlace doucement sa poitrine, ses seins pleins encore gonflés d’excitation, je caresse leurs courbes, leurs pointes dures, je les malaxe doucement tandis que ma main gauche glisse plus bas, lentement, entre ses cuisses qui s’ouvrent avec abandon, je la touche sans précipitation, je joue de ses lèvres gonflées, de son bouton encore vibrant, je l’effleure, je le titille, je le masse, je le pince, je le provoque, jusqu’à ce que ses hanches s’animent d’elles-mêmes, ses fesses ondulent contre mon sexe dur, ses soupirs deviennent plaintes.
– Je vais… je vais venir…
Alors je m’arrête net, elle se retourne d’un coup, frustrée, les yeux brûlants.
– Salaud.
Je souris.
– Tu me le rendras plus tard.
Elle grogne, m’embrasse brutalement, mord mes lèvres, puis nous sortons, mouillés, rincés, mais pas apaisés.
Dans les vestiaires, pendant qu’elle s’essuie, je baisse légèrement mon peignoir, ma queue toujours dure se dresse vers elle, brillante, lourde, offerte.
– Tu peux m’offrir un dernier plaisir ? Avec ta bouche…
Elle s’agenouille sans répondre, la bouche déjà entrouverte, et elle me prend, doucement d’abord, puis plus fort, plus vite, elle me suce goulûment, elle y met tout son cœur, toute sa fougue, je m’accroche au banc, je gémis, je sens que je vais exploser, mais je ne veux pas le faire dans sa bouche, pas cette fois, je me retire d’un coup.
– Passe-moi ta culotte.
Elle obéit, sans poser de question, elle me tend le tissu encore humide de son jus, je m’enveloppe dans la dentelle, et je jouis dedans, profondément, fort, longuement, elle me regarde faire, fascinée, sa main sur son propre sexe, qui n’a jamais cessé d’attendre.
Je lui tends sa culotte souillée.
– Remets-la.
Un instant, elle hésite. Puis la glisse lentement entre ses jambes, la fait remonter, referme sa jupe, m’adresse un sourire obscène et doux à la fois. Nous quittons le sauna, main dans la main, encore silencieux, repus, mais tendus de souvenirs frais. Elle me dépose devant mon resto dans une heure, le service du soir commence. Moi, ce soir, j’ai le cœur et l’esprit légers, le corps comblé, la mémoire saturée d’images torrides. Une heure plus tard, alors que je suis en cuisine, un SMS arrive.
« Je suis dans le train. Je tremble encore. Je sens ton sexe en moi, comme une trace qui ne s’efface pas. J’ai l’impression que ta queue m’habite toujours. Je suis assise, les jambes serrées, ta semence me colle la chatte, ta chaleur me dégouline encore entre les cuisses. Je n’en peux plus… »
Quelques minutes passent, un autre arrive.
« Je suis allée dans les toilettes du train. J’ai remonté ma jupe, baissé ma culotte souillée, et j’ai plongé deux doigts dans ma chatte. Elle est trempée, gonflée, pleine de toi. J’ai frotté vite, très vite, en pensant à toi qui me prends contre le mur du sauna, à Zoé qui me lèche pendant que tu me défonces. J’ai joui en silence, mais j’ai mordu ma main pour ne pas crier. J’ai mouillé la cuvette, mes cuisses, mes doigts. Et maintenant, je suis là, la culotte pleine de foutre, la chatte qui palpite encore, et je souris. Tu m’as ruinée. J’en veux encore. »
Je relis ses mots plusieurs fois pendant le service, ma queue durcit sous mon tablier, je sais déjà que ce n’était qu’un début. Ses SMS prennent un nouveau ton plus osé, plus cru, plus sûr d’elle. Elle ne filtre plus rien, les barrières tombent, une à une, elle me dit qu’elle dort avec la culotte dans laquelle j’ai joui, qu’elle ne l’a pas lavée, qu’elle la garde dans un petit sachet au fond de son tiroir à sous-vêtements, qu’elle la ressort le soir, qu’elle la respire, qu’elle se touche avec, parfois.
« Je viens de la remettre. Elle colle un peu. J’adore ça. »
Alors moi aussi, je vais plus loin. Je lui donne l’adresse d’un petit sex-shop, caché dans une rue piétonne, pas loin de la vieille ville à Tours. Elle connaît, elle me dit qu’il est à dix minutes à pied de son bureau. Je lui envoie la référence exacte d’un gode vibrant la taille exacte que je veux, qu’elle n’ait pas une fantaisie en silicone rose, non. Un objet sobre, un peu intimidant. Je lui dis d’y aller à la pause déjeuner entre midi et deux.
« Tu veux vraiment que j’y aille à cette heure-là ? Il y a toujours du monde dehors à midi. »
« Justement que tu saches que tu n’es pas une épouse sage qui achète des trucs sexy pour son mari. Tu vas acheter un gode pour l’essayer dans les toilettes de ton bureau. Parce que je te l’ai demandé. Tu mouilles déjà ?«
Silence. Puis :
« J’y vais.«
Elle met trente minutes à me répondre.
« Je l’ai acheté. Il est dans mon sac. Il vibre fort. Le vendeur m’a regardée bizarrement. J’avais chaud. Je crois que j’ai rougi. »
« Va aux toilettes. Maintenant. »
« Tu es fou. »
« J’aime t’imaginer entre deux réunions, culotte baissée, à t’enfoncer ce gode contre la porte, à m’écrire que tu bandes presque autant que moi.«
Elle ne répond pas tout de suite. Je sais qu’elle y est. Je l’imagine la porte verrouillée, le carrelage froid sous ses talons, sa jupe remontée, la culotte glissée autour des genoux, le gode dans la main, déjà humide d’attente, son souffle court, les cuisses qui tremblent.
« Je suis là, j’ai mis la culotte dans mon sac, j’ai du mal à l’entrer, il est gros, ça vibre fort, j’ai l’impression qu’on va m’entendre. »
« Et alors ? Tu aimes ça, peut-être qu’un collègue passe devant la porte, peut-être qu’il entend un petit bruit, peut-être qu’il devine, il ne saura jamais à quel point tu mouilles. »
« Je crois que j’ai coulé. Il y en a partout sur mes doigts, mes cuisses, je n’arrive plus à m’arrêter. »
« Ne t’arrête pas tant que tu n’as pas joui, tant que tu ne m’as pas écrit que tu t’es salie comme une garce, dans les toilettes de ta boîte, parce que je t’ai demandé de le faire.«
Long silence. Puis :
« Je tremble, j’ai joui fort, le gode est trempé, j’ai mouillé le sol, j’ai mis mes doigts dans ma bouche, en sortant, j’ai croisé la comptable dans le couloir, j’ai dû sourire, je crois qu’elle a senti quelque chose. Je ne sais pas si c’est mon odeur ou mes joues rouges.«
Je suis au fond de ma salle, le service du midi à peine fini, mon téléphone à la main, ma queue tendue sous mon jean, et une seule certitude, cette femme est en train de devenir une obsession, une drogue lente, une déferlante. On est encore très, très loin d’avoir fini. À ce moment-là, je crois que j’ai libéré quelque chose que même elle ne savait pas qu’elle portait en elle – une bête douce et sale, une furie magnifique, une salope affamée de sensations, d’interdits, de vertiges secrets.
Elle n’a plus aucun tabou. Plus rien ne semble la retenir, ni la bienséance, ni la morale, ni la peur d’être découverte, même pas la honte qui s’effrite au fond d’elle comme un vieux vernis trop longtemps posé. Un midi, elle m’écrit alors qu’elle est à table chez des amis, un repas de famille dans une maison de campagne, la belle-sœur qui parle trop fort, le vin qui coule, les enfants qui courent partout, elle se lève, prétextant une envie pressante, traverse le couloir, ferme la porte des toilettes à double tour.
« J’ai pris ma culotte avec moi, je me suis assise sur le couvercle fermé, je n’avais pas de gode, alors j’ai utilisé la manche de la brosse w.c., oui je sais, c’est sale, mais c’était glissant et dur et j’ai pensé à toi, j’ai pensé à ta langue, et j’ai mouillé la céramique. »
Un autre jour, elle bronze nue dans son jardin, invisible depuis la rue, mais pas depuis la fenêtre du pavillon voisin.
« Je crois que le grand fils des voisins me regardait depuis sa chambre, il a dû voir mes seins, ma chatte rasée, mes doigts sur mon clito, j’ai joui en fixant sa fenêtre, je crois qu’il me regardait vraiment, peut-être qu’il s’est branlé aussi. »
Elle s’expose de plus en plus. Elle s’invente des situations pour s’échauffer, elle provoque le regard, elle respire l’excitation du risque, comme une drogue nouvelle qu’elle ne contrôle plus. Un soir, je lui demande de faire quelque chose de plus extrême encore, de se rendre sur un parking de routiers en périphérie, un endroit sale où l’on ne croise pas des promeneurs, mais des hommes qui roulent, qui attendent, qui fantasment aussi.
« J’y suis. »
« Combien de camions autour de toi ? »
« Cinq ou six. Je suis dans ma voiture. J’ai remonté ma jupe, pas de culotte. Mes cuisses sont écartées. Je me touche. Je crois qu’un gars dans un camion me voit. Il ne bouge pas. Mais je vois sa silhouette. Il regarde. »
« Ouvre la portière. Reste assise. Laisse-le bien voir que tu te doigtes comme une salope. »
« C’est fait. Il s’est levé. Il est devant moi. Il se branle. J’ai joui en le regardant. »
« Tu lui as parlé ? »
« Non. Juste les yeux. J’ai tout remis et je suis partie. »
Elle revient de la tremblante et trempée, elle ne dort pas, elle m’écrit toute la nuit, encore, encore, elle ne veut plus s’arrêter. Puis un soir, dans un éclair d’envie noire, je lui lance un défi, une demande qui tord un peu le ventre, qui excite et dérange à la fois. Je lui demande de faire l’amour à son mari ; pas comme d’habitude, pas comme une épouse. Je veux qu’elle soit avec lui encore plus salope qu’elle ne l’est avec moi, je veux qu’elle l’humilie de plaisir, qu’elle le baise avec une ardeur animale, je veux qu’elle se donne sans réserve, et surtout je veux qu’elle me raconte tout.
Elle hésite.
Puis elle m’écrit, plus tard dans la nuit, une série de messages bruts, coupants, impudiques.
« Il ne comprenait pas pourquoi j’étais aussi chaude. Je lui ai sauté dessus en culotte mouillée. Je lui ai dit de me prendre vite, fort, de me retourner comme une pute, je lui ai même léché les couilles en le regardant dans les yeux. Je pensais à toi, c’est ton nom que je murmurais dans ma tête. Je lui ai demandé s’il aimait quand je criais comme ça, il a joui trop vite, ça m’a frustrée. Je suis allée dans la salle de bain, j’ai repris mon gode et j’ai fini le travail seule, en pensant à ta main sur ma gorge et ta queue dans ma bouche. »
Je lis ça allongé dans mon lit, le sexe dur, les draps froissés, la gorge serrée par un mélange de jalousie étrange et d’excitation bestiale.
Je lui écris :
« Tu vas devenir incontrôlable. »
« C’est exactement ce que je veux. »
Moi aussi.
On est fin juin, il fait chaud même la nuit, le genre d’air lourd qui colle à la peau et qui rend les corps plus fébriles, plus prompts à se coller les uns aux autres, à se chercher, à se frôler au moindre prétexte, elle m’écrit un midi en pleine semaine que sa boîte organise une soirée de fin d’année dans un bar privatisé à Tours, une sorte de fête où tout le monde relâche, boit trop, s’oublie un peu, je lui demande comment elle compte s’habiller, elle répond “sobre”, je lui dis non, pas ce soir, pas avec moi dans sa tête, je veux qu’elle soit une tentation ambulante, une provocation à peine déguisée, je veux qu’elle mette une jupe courte, noire, moulante, qui lui remonte presque au haut des cuisses quand elle s’assoit, qu’elle porte des bas autofixants, pas de collants, un string rouge ou noir en dentelle, un chemisier transparent qu’elle ne ferme pas jusqu’en haut, sans soutien-gorge dessous, je veux que les regards s’attardent sur elle, qu’un ou deux collègues s’imaginent déjà glisser une main entre ses jambes pendant qu’elle rit à la machine à café.
Je lui écris :
« Ce soir, t’es ma salope en mission. Tu souris à tout le monde, mais tu penses à moi qui te baise sur une table. »
Je lui demande si un collègue a déjà tenté de la draguer, elle me dit oui, un petit nouveau, marié lui aussi, un peu timide, mais toujours un regard un peu trop long quand il la croise dans les couloirs, je lui dis que ce soir, si l’occasion se présente, elle le chauffe un peu, l’emmène discrètement dans les toilettes, se met à genoux devant lui et lui offre sa bouche, sans rien dire, sans poser de question, juste comme ça, une pulsion, un vertige, un cadeau.
« Et tu appelles en douce et tu laisses le téléphone ouvert dans ton sac pour que j’écoute tout. »
Elle ne répond pas vers minuit, alors que je suis chez moi, une bière tiède à la main, le téléphone vibre. Anaë pas de message, je décroche. Rien au début, un fond sonore, de la musique, des rires, des verres qui tintent, puis des pas précipités, une porte qui claque, un souffle court.
Et sa voix :
– Chut… ferme… ferme à clé.
– C’est rien, deux minutes… j’ai trop bu, je crois…
Puis plus rien, que le bruit d’un zip, un froissement de tissu, le silence gêné de l’homme et les soupirs d’Anaë qui s’agenouille lentement, sa voix qui revient, étouffée, mais distincte.
– Tu dis rien… je veux juste goûter…
Le bruit mouillé d’une succion lente, rythmée, des claquements discrets de lèvres, une respiration plus lourde, plus irrégulière, et puis elle qui gémit doucement, pas pour elle, pas pour lui, mais pour moi, parce qu’elle sait que j’écoute, parce qu’elle imagine ma main sur ma queue en train de me branler au rythme de sa bouche sur une autre queue que la mienne. Elle murmure, entre deux coups de langue.
– Tu veux jouir dans ma bouche ? Hein ? T’as envie ? Vas-y… remplis-moi…
Je me retiens de gémir, je reste figé, le téléphone collé à l’oreille comme une drogue, je bande si fort que ça fait mal, je ferme les yeux, je me laisse embarquer. Puis la voix de l’homme, floue, rapide, un souffle rauque, le soupir final, étouffé
Silence.
Puis le glissement d’un tissu qu’elle remet en place, le bruit d’un verrou qu’on tourne, des pas qui s’éloignent. Moi, seul, la respiration courte, la main encore autour de mon sexe tendu. Un message s’affiche à l’écran à peine l’appel terminé :
« Il a joui vite, pas dans ma bouche, sur ma langue, je n’ai pas tout avalé, je suis retournée dans la salle avec un reste de lui sur mes lèvres. »
Puis un autre :
« Tu m’as rendue folle, c’est toi qui me tiens en laisse avec tes mots, même quand c’est un autre que je suce, c’est toi que je lèche. Je rentre bientôt. Tu veux que je garde ma culotte trempée ? »
Je réponds :
« Non. Tu l’enlèves, tu la glisses dans ton sac, demain tu viens me la poster. »
Quelques jours après la soirée, je reçois un message d’elle, tard le soir, presque honteux, presque fiévreux.
« J’ai fait une connerie, je crois. »
Je sens la tension dans ses mots. Je veux savoir. Elle m’écrit qu’elle l’a sucé, ce collègue, dans les toilettes, comme je lui ai soufflé de faire. Mais maintenant, il lui tourne autour. Il ne la lâche plus. Il lui parle plus doucement que les autres, il la frôle en passant, il attend sur le parking en fin de journée. Il la regarde comme s’il savait. Et c’est le cas, il sait. Il a goûté à la Anaë indécente, la Anaë offerte. Il en veut plus.
Elle m’écrit :
« Il m’a dit qu’il repensait à ma bouche. Qu’il voulait voir ce qu’il y avait sous ma jupe. Je crois qu’il me fantasme complètement. »
Puis elle ajoute :
« Ça m’excite. Mais ça me fout les nerfs. »
Je ne réponds pas tout de suite. Je la laisse dans ce trouble. Et le soir, je lui donne une idée. Je prends les choses en main.
« Voilà ce que tu vas faire, Anaë. Tu vas prendre une chambre dans un Formule 1. Tu vas l’inviter, un samedi après-midi. C’est toi qui décides. Tu prends les devants. Et moi… tu m’emportes dans ton sac. »
Je souris, je bande. Mais je sens aussi qu’Anaë est un peu déboussolée. Elle ne sait pas comment lui dire non. Pas après l’avoir eu dans la bouche, pas après l’avoir fait jouir à genoux, alors qu’un sac à main posé sur le carrelage diffusait les soupirs jusqu’à moi.
Elle me répond quelques heures plus tard.
« Tu es fou, je crois que j’ai besoin de ça. De cette mise en scène. De ce que ça me fait dans le ventre. »
Je lui fixe deux règles.
La première : elle doit arriver la première, se préparer, s’enduire de lubrifiant, préparer son petit trou pour ce collègue, avec le gode que je lui ai fait acheter. Elle devra lui écrire juste avant.
« Chambre numéro XX. La porte est entrouverte. »
La deuxième : elle devra se mettre à quatre pattes sur le lit, fesses bien offertes, le visage détourné. Et lorsqu’il entrera, elle devra lui dire calmement, sans se retourner.
« Le devant, c’est pour mon mari. Le reste… est pour toi.«
Anaë frémit à cette idée. Je suis là. Dans son sac. Le téléphone est allumé. Je n’ai qu’à coller l’écouteur à mon oreille. Et j’entends.
Le silence d’une chambre d’hôtel, moite, vide, tendue. Puis une porte qui s’ouvre. Un frottement de chaussures. Un rire masculin. Il dit :
– Putain, … t’es sérieuse… ?
Sa voix est rauque. Surprise, mais surtout excitée. Elle, plus douce.
– T’as fermé la porte ? Approche. Regarde-moi.
J’entends le matelas qui craque, son souffle qui s’accélère, et sa voix qui tremble légèrement.
– Tu veux voir ce qu’il y a sous ma jupe ? Tu veux goûter ?
Il dit un truc comme.
– Tu m’as rendu dingue l’autre soir. J’arrête pas d’y penser.
Puis le bruit d’un pantalon qui tombe une ceinture qu’on défait. Elle dit, plus bas.
– Tu ne touches pas devant. Le devant, c’est pour mon mari. Toi, tu prends que derrière.
Il rit, un peu nerveusement.
– Tu veux ça comme une chienne, c’est ça.
– C’est ce que je suis avec toi.
J’entends. Le bruit sourd de son bassin contre ses fesses, les claquements lents, les gémissements étouffés. Anaë qui gémit à chaque poussée.
– Tu vas me faire jouir… si tu continues…
Elle halète, gémit, supplie. Je reconnais ce cri, celui d’Anaë quand elle jouit fort quand elle se vide.
– Putain… t’es en train de mouiller mes couilles, là…
Je reste là, l’oreille collée au téléphone, la main sur moi, dur, tendu, possédé.
Elle n’a pas raccroché, je l’entends encore des frottements des murmures, peut-être un baiser volé.
Puis le silence.
Une minute plus tard, un SMS.
« Il m’a baisée comme un chien. Tu l’as entendu ? T’as aimé ? J’ai joui fort. Je coulais partout. Il n’en revenait pas. Je crois que tu m’as rendue folle. »
Pendant deux semaines, elle m’envoie par la poste, dans des enveloppes anonymes, les culottes qu’elle porte au bureau. Certaines encore chaudes de ses pertes, d’autres marquées d’un orgasme volé entre deux réunions, parfois même une goutte de cyprine séchée en plein milieu du tissu, fine trace de ses excès.
Je les reçois comme on reçoit des lettres d’amour. Sales. Fières. Sincères. Pendant tout ce temps, je la sens un peu plus. Elle ne se contente plus de m’obéir, elle devance mes fantasmes.
Je ne sais plus exactement quand ça a basculé. Peut-être ce matin-là, quand je reçois un message à 6h42, juste une photo floue de ses cuisses ouvertes, le volant entre elles. Un message en dessous : « J’ai relevé ma jupe, pas de culotte aujourd’hui, j’ai doublé deux camions en les laissant voir… crois-tu qu’ils ont aimé ? » Je reste là, le téléphone en main, la bouche sèche, la verge dure, incapable de répondre. C’est elle qui joue maintenant. C’est elle qui mène. La nuit, parfois, mon téléphone vibre et je sais que c’est elle. Je devrais dormir, mais je regarde. Un texte sans ponctuation, haletant, où elle me raconte comment elle s’est branlée dans les toilettes d’un restaurant pendant un dîner d’anniversaire familial, en mordant un gant en cuir pour ne pas crier. Un autre soir, elle me dit qu’elle est montée au grenier alors que tout le monde dormait, qu’elle s’est mise nue à côté d’une vieille malle et qu’elle s’est jouée avec une règle en bois, longue et froide.
Elle me décrit chaque geste, chaque frisson, chaque recoin où elle s’est touchée. Je lis, je bande, je ne sais plus qui commande.
Elle me parle comme elle ne m’avait jamais parlé, elle écrit avec des mots crus, violents, impudiques, et je sens bien qu’elle les choisit exprès, pour me troubler, pour me faire imaginer sa langue, son doigt, son odeur. Un soir, elle me dit juste : « Si tu savais où j’ai glissé le manche de ma brosse ce matin… » Je ne réponds pas. J’attends. Dix minutes plus tard, une autre salve.
« J’ai joui dans la salle d’attente du médecin. Les toilettes étaient trop propres pour que je résiste. »
Elle m’envahit. Je regarde mes messages en plein service au restaurant, entre deux tables, et je sens une chaleur honteuse dans mon pantalon. Elle me dit :
« Tu me manques, j’ai envie de sentir ta langue dans mon trou, celle que je n’offre à personne. »
Ou bien :
« Aujourd’hui, j’ai été surprise en train de me toucher en voiture, un gars m’a regardée, il m’a souri, j’ai pas arrêté. »
Et toujours, à la fin :
« Tu m’en veux ? Ou tu veux que je recommence ? »
Je ne sais plus quoi répondre. C’est elle qui me pousse, qui me provoque. Elle me teste. Elle veut que je perde pied. Ce matin encore, nouveau message, sans bonjour : « Je porte ta culotte, celle dans laquelle tu as joui la dernière fois, je ne l’ai pas lavée, je veux qu’elle sente encore ta sève. »
Je ferme les yeux. J’imagine sa peau, sa chaleur, cette culotte salie, portée, offerte. Elle devient une obsession, une fièvre, une déesse sale. Et le pire… le pire, c’est que je l’aime comme ça.
Elle me prévient la veille de leur départ, d’un ton faussement sage.
« On part demain, une semaine en Vendée, en famille… Ça va être plus difficile de te faire des cochonneries. Mais je vais trouver des solutions. Je te promets. »
Pendant deux jours, plus rien. Le silence. Je me dis que c’est normal. Elle est avec eux, peut-être dans une location au bord de la mer, dans un mobil-home ou une petite maison de vacances. Je l’imagine en robe légère, les cheveux au vent, souriante devant son mari, attentive à sa fille… et pourtant, ailleurs.
Le troisième soir, à 23h18, mon téléphone vibre. Une photo floue, mal cadrée, elle est dans la salle de bain, un miroir embué, une trace de main sur la glace.
Un seul mot, en légende : « Devine… »
Je réponds
« Tu t’es caressée ? »
Pas encore. Salle de bain minuscule. J’ai glissé le petit gode dans la trousse à maquillage. Mon mari ronfle déjà. Je vais fermer la porte et baisser la lumière. Tu veux entendre ?
Je suis excité. Troublé.
« Oui. »
Elle m’envoie un enregistrement audio. Deux minutes de respiration tremblante, un petit bruit de plastique qu’elle essaie d’étouffer cette voix, la sienne, murmurée à peine, comme un souffle mouillé.
– Je pense à toi. À ta bouche. À ce que tu m’as fait sur la table du restaurant… »
Le lendemain, rien le surlendemain, un SMS à midi.
« Ils sont partis faire du vélo. J’ai vingt minutes. Je suis sur la terrasse, les jambes écartées, sans culotte. Le vent me fait frissonner. Je t’imagine en dessous. Tu me manques.’
Je lui réponds à peine. Je lis, je relis. Je bande. Elle écrit encore :
« Si tu étais là, je t’aurais laissé me lécher pendant que ma fille joue dans le jardin, tu crois que je suis devenue dingue ? »
Et puis le soir, une confession encore plus folle.
« On est allés à la plage. Je me suis baignée sans culotte. Quand il est allé chercher une glace, j’ai remonté discrètement ma robe et me suis frottée contre le sable. J’ai mouillé comme jamais. Tu crois que le surveillant m’a vue ? »
Je n’ose plus répondre. Chaque jour, elle m’écrit moins, mais ses mots sont plus forts, plus crus, plus tendus comme comprimés par l’interdit, par la contrainte de la présence des autres, pourtant elle le fait, elle continue. Un soir, elle me dit qu’elle s’est caressée dans les w.c. d’un petit resto de plage pendant que sa fille mangeait une crêpe.
« Je me suis essuyée avec ma culotte et je l’ai jetée. Tu imagines si quelqu’un la trouve ? »
Je l’imagine. Trop bien. Quand elle m’écrit le dernier soir.
« Je suis dans le lit. Ma fille à côté. Mon mari au salon. Je me frotte la chatte sans bruit. J’ai envie de toi. De ton odeur. J’ai envie de faire une folie quand je rentre. Tu seras prêt ? »
Je n’ai plus de réponse. Juste une chaleur.
Le téléphone sonne. Quinze heures.
Je souris. Je reconnais son numéro. Anaë. Je décroche, tout en glissant la main dans la poche de mon tablier, je sors de service, j’ai encore l’odeur du café chaud et des verres rincés dans le nez.
– Bonjour ma petite salope…
Silence. Un souffle. Un froissement d’air. Puis une voix d’homme. Rude. Brisée par la colère.
– Tu te prends pour qui, enfoiré ?
Je me fige. La voix n’est pas celle d’Anaë. Elle est grave. Accusatrice. Tremblante. Enragée.
Il ne dit pas son nom. Il n’a pas besoin. Je comprends. C’est lui. Le mari. Celui de l’ombre, celui qu’on ne nomme jamais.
– Je suis le mari de Carol, dit-il, appuyant sur ce prénom qu’elle ne m’avait jamais donné.
Je reste muet une seconde, l’adrénaline monte. Mon cœur bat fort. Une vague glacée dans les tripes. Il sait.
Il sait tout.
– T’es fier de toi, connard ? Tu baises ma femme dans un resto, tu l’emmènes dans un sauna comme une pute, tu la fais se toucher dans les chiottes de son boulot, et tu crois que ça va rester entre vous ? T’as foutu ma famille en l’air !
Je serre la mâchoire, je respire par le nez. Puis je parle. Lentement. Froidement.
– Ce que je lui ai donné… tu n’en es même pas capable.
Un silence. Long. Puis il raccroche. Et puis le vide.
Pas de message d’Anaë. Pas de petit mot doux. Pas de culotte dans ma boîte aux lettres. Juste l’écho de ses gémissements dans ma tête. Son rire essoufflé. Ses textos obscènes. Sa voix quand elle jouissait. Le goût de son absence. La journée s’étire. Le soir tombe sur Montmartre. J’allume les bougies sur le comptoir du restaurant fermé. Il est plus de minuit quand je reçois son message.
Une simple notification. Pas de photo. Juste du texte.
« Je suis désolée. Il a tout vu. Tout lu. Il est tombé sur mes SMS… je ne pensais pas que je les avais tous gardés. Je n’ai pas pu mentir, il a vu les dates, les mots, nos rendez-vous. Il m’a vue avec le gode, il m’a entendue te parler. Il sait pour le sauna. Pour le couple. Il sait tout. »
Je lis. Plusieurs fois. Elle enchaîne, sans point presque, comme si chaque phrase était une bouffée de sanglot étouffé :
« Je n’ai pas voulu qu’il tombe là-dessus. Je n’ai pas voulu te perdre. Mais je dois sauver mon couple. Ma fille. Mon équilibre. Il m’a dit que c’était lui ou toi. Et je ne peux pas tout perdre, pas comme ça, pas maintenant. Mais je te jure que je garderai cette culotte. Celle que tu m’as souillée dans ton vestiaire. Je la garde, je la sentirai quand il me fera l’amour. Je la cacherai tout au fond de mon armoire, et elle me rappellera à quel point j’ai pu être vivante avec toi. À quel point j’ai pu brûler. Je ne t’oublierai jamais. Pour finir, j’ai fermé mon blog, il faut que tu saches que ce n’était que des fantasmes je, n’ai rien vécu de ce que j’avais écrit. »
Je ne réponds pas. Pas tout de suite. Je reste là, seul, dans la salle vide, entouré de verres retournés et de tables vides, le cœur plein d’un silence qui n’a plus rien d’ érotique. Je pense à elle. Nue. Arrogante. En sueur.
Puis plus jamais de nouvelles, même son blog n’existe plus. Mais, deux mois et demi hyper intenses.
Fin