Quand j’arrive devant l’établissement, il est un peu plus de 21 h.
Façade discrète.
Parking vide.
Enseigne noire, presque élégante.
Rien qui ressemble vraiment à une boîte de nuit.
Je vérifie l’adresse une deuxième fois sur mon téléphone.
C’est pourtant bien là.
Je récupère mes valises de mesure dans le coffre et pousse la porte.
À l’intérieur, ambiance feutrée.
Bar sombre.
Lumières rouges très faibles.
Une piste de danse plus petite que ce que j’imaginais.
Et surtout un silence total.
Normal.
L’établissement est fermé ce soir spécialement pour les mesures.
– Bonsoir.
Un homme s’approche.
Une cinquantaine d’années, grand, chemise sombre, allure tranquille.
– Vous êtes l’acousticien ?
– Oui.
– Parfait. Moi, c’est Marc.
Poignée de main.
Puis il tourne légèrement la tête.
– Et voici ma femme.
Je regarde dans la direction qu’il m’indique.
Et je comprends immédiatement que la soirée risque d’être plus compliquée que prévu.
Elle est derrière le bar.
Rousse.
Cheveux longs.
Peau claire.
Une robe noire simple, parfaitement ajustée.
Des formes généreuses.
Mais surtout un regard vert qui me parcourt tranquillement de haut en bas sans la moindre gêne.
Pas un regard surpris.
Pas vraiment curieux non plus.
Un regard gourmand.
Comme si cette femme savait déjà quelque chose que j’ignorais encore.
Elle contourne le bar.
– Sophie.
Elle me tend la main.
Je la serre.
Elle ne la retire pas tout de suite.
Ses yeux restent dans les miens.
– Enchantée.
– Moi aussi.
Marc nous regarde.
Petit sourire.
Très bien.
Ça commence fort.
Je pose mon matériel sur une table.
– L’objectif ce soir, c’est de caractériser les niveaux à l’intérieur et de vérifier ensuite ce qui ressort dans le voisinage.
Marc acquiesce.
– On vous laisse gérer.
– Il faudra simplement quelqu’un pour piloter la musique pendant que je fais les relevés.
Sophie répond immédiatement :
– Je peux le faire.
Son mari la regarde.
– Évidemment.
Elle lui adresse un sourire.
Je commence à comprendre qu’il existe un jeu entre eux.
Mais pas encore lequel.
Je fais le tour de la salle.
Piste.
Bar.
Un couloir au fond.
Plusieurs portes.
Je m’arrête devant l’une d’elles.
– Ça donne où ?
Marc ouvre.
Je regarde.
Puis me retourne lentement vers lui.
Banquette.
Miroirs.
Lumière tamisée.
Une deuxième porte au fond.
Je comprends.
Enfin.
– Ah.
Sophie éclate de rire derrière moi.
– Vous pensiez que c’était une discothèque classique ?
– Disons que le dossier était assez… neutre.
Marc sourit.
– C’est volontaire.
Je regarde autour de moi.
– Donc c’est un club…
– Pour adultes, oui.
Je tourne la tête vers Sophie.
– D’accord.
Elle s’approche.
– Ça vous pose problème ?
– Aucun.
– Tant mieux.
Encore ce regard.
Et maintenant que je sais où je suis, je commence sérieusement à m’en méfier.
Je commence par les niveaux intérieurs.
Musique à niveau d’exploitation.
Je place le sonomètre.
– Vous pouvez monter légèrement ?
Sophie est derrière la régie.
Elle augmente.
– Comme ça ?
– Encore un peu.
Elle monte.
Je regarde l’écran.
– Stop.
Elle quitte la régie et vient se placer près de moi.
Très près.
Elle se penche sur l’écran.
Son épaule frôle mon bras.
– Et là ?
– Là, on est bon.
– Je peux voir ?
Je lui montre.
Elle ne regarde pas immédiatement l’affichage.
Elle regarde ma main.
Puis mon bras.
Puis mon visage.
– Très intéressant.
– Les décibels ?
Elle tourne doucement la tête.
– Entre autres.
Je relève les yeux.
Elle sourit.
Puis retourne tranquillement vers la régie.
Je regarde Marc.
Il est accoudé au bar.
Il a tout vu.
Et visiblement, ça l’amuse énormément.
Parfait.
Une heure plus tard, je suis dehors.
Premier point de mesure.
Rue calme.
Musique à l’intérieur.
Marc gère les niveaux.
Sophie m’accompagne.
– Vous faites souvent ce genre de mesures ?
– Oui.
– Dans des clubs comme le nôtre ?
– Beaucoup moins.
Elle rit.
– Dommage.
Je pose le sonomètre.
– Il va falloir rester silencieuse quelques minutes.
– Je sais me taire.
Je la regarde.
– J’ai un doute.
– Vous ne me connaissez pas encore.
Encore.
Le mot reste suspendu.
Je lance la mesure.
Silence.
Quelques voitures au loin.
La musique ressort faiblement depuis le club.
Je regarde l’écran.
Puis je sens Sophie venir se placer juste derrière mon épaule.
Son parfum arrive immédiatement.
Je murmure :
– Si vous respirez dans le micro, je vais devoir recommencer.
Elle se penche vers mon oreille.
– Je ferai attention.
Sa voix est basse.
Son souffle glisse sur ma peau.
Je ferme les yeux une demi-seconde.
– Là, par exemple, vous êtes beaucoup trop près.
– Du micro ?
Je tourne légèrement la tête.
Elle est à quelques centimètres.
– Entre autres.
Elle sourit.
Puis recule.
Je commence à me dire qu’elle fait ça exprès.
En réalité, je crois qu’elle fait ça exprès depuis la seconde où j’ai franchi la porte.
Deuxième point.
Il doit être un peu plus de minuit.
La rue est maintenant complètement déserte.
Marc est resté au club.
Sophie, elle, est toujours avec moi.
Je lance l’acquisition.
– Maintenant, silence pendant deux minutes.
– Encore ?
– Encore.
Elle vient se placer à côté de moi.
Je lui fais signe de ne plus parler.
Quelques secondes passent.
Puis je sens sa main au milieu de mon dos.
Je tourne légèrement la tête.
Elle regarde droit devant elle avec l’air le plus innocent du monde.
Sa main descend.
Lentement.
Beaucoup trop lentement pour que ce soit accidentel.
Je lui attrape doucement le poignet.
Elle tourne enfin les yeux vers moi.
– Sophie…
Elle regarde le sonomètre.
Puis moi.
Et son sourire apparaît.
– Chut. Tu vas fausser ta mesure.
Le tutoiement vient de tomber.
Je retiens un rire.
Sa main se libère tranquillement de la mienne.
Puis reprend son chemin.
Jusqu’à venir se poser franchement contre moi à travers mon jean.
Je bloque ma respiration.
Elle sent immédiatement ma réaction.
Son sourire devient presque insolent.
– Ah oui…
Je garde les yeux sur l’écran.
– T’es infernale.
– Il fallait rester silencieux.
Sa main reste juste assez longtemps pour me faire complètement oublier ce que j’étais censé surveiller.
Puis elle la retire.
Comme si rien ne s’était passé.
Je regarde l’appareil.
63 Hz.
125 Hz.
Plus aucune idée de ce que je suis en train de mesurer.
Le chronomètre arrive enfin au bout.
Je stoppe.
– La mesure est exploitable ? demande-t-elle.
Je la regarde.
– Absolument aucune idée.
Elle éclate de rire.
– Mauvais acousticien.
– Mauvaise cliente.
– Tu vas devoir recommencer.
– C’était peut-être ton objectif.
Elle hausse les épaules.
– Peut-être.
Et repart tranquillement vers le club.
Je la regarde marcher quelques mètres devant moi.
Cette femme sait exactement ce qu’elle fait.
Et le pire, c’est qu’elle sait désormais parfaitement ce qu’elle me fait.
Le dernier relevé se termine un peu avant deux heures.
Lorsque nous rentrons, Marc ferme la porte derrière nous.
Définitivement cette fois.
Plus de mesures extérieures.
Plus de voisins.
Plus de raison de faire semblant.
Je range le sonomètre.
Sophie enlève son manteau et vient s’accouder au bar.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– J’ai été sage dehors ?
Je la regarde.
Marc lève les yeux vers nous.
– J’ai peur de demander.
– Ta femme a une conception particulière du silence pendant une mesure.
Il rit.
Sophie ne paraît même pas gênée.
– Ça a marché ?
– Quoi ?
Elle baisse les yeux vers mon jean.
Puis les relève.
– Ça.
Marc suit son regard.
Puis regarde le mien.
Un sourire apparaît.
– Ah.
Je ferme les yeux.
– Marc…
– Quoi ? Je constate.
Sophie descend lentement de son tabouret.
Elle s’approche.
Cette fois, je ne recule pas.
Elle prend ma main.
La pose contre sa hanche.
– Tu sais ce qui me plaît depuis tout à l’heure ?
– Non.
– Tu essaies tellement fort de rester professionnel.
Elle se rapproche encore.
Je sens sa chaleur contre moi.
– Et ça t’amuse ?
– Énormément.
– J’avais remarqué.
Elle sourit.
Sa main glisse lentement le long de sa propre robe.
Disparaît un instant hors de mon regard.
Puis revient.
Son expression a changé.
Moins joueuse.
Plus trouble.
Elle approche ses doigts de mon visage.
– Tu comprends mieux maintenant ?
Je la regarde.
Elle pose doucement ses doigts contre mes lèvres.
– Ouvre.
Une seconde.
Puis j’obéis.
Le geste est lent.
Insolent.
Intime surtout.
Et je comprends immédiatement que toute cette femme fonctionne comme ça.
Elle ne demande pas timidement ce qu’elle désire.
Elle vous regarde.
Vous laisse décider.
Puis, si vous restez, elle assume complètement la suite.
Mon corps réagit avant même que j’aie le temps de réfléchir.
Elle le remarque.
Parce que son autre main vient justement retrouver l’endroit qu’elle avait déjà découvert dehors.
Son sourire change.
Plus gourmand.
Presque victorieux.
– Ah oui…
Je ferme les yeux une fraction de seconde.
– Sophie…
– Quoi ?
– Rien.
– C’est bien ce que je pensais.
Elle retire ses doigts de mes lèvres.
Puis prend immédiatement mon visage entre ses mains.
Et m’embrasse.
Enfin.
Profondément.
Avec une gourmandise qui n’a plus rien du petit jeu de séduction de tout à l’heure.
Je la ramène contre moi.
Son corps se colle au mien.
Sa main reste entre nous.
Elle sent parfaitement ce qu’elle provoque.
Et manifestement ça lui plaît.
Beaucoup.
Elle sourit contre ma bouche.
– Beaucoup mieux.
Puis elle tourne légèrement la tête.
– Marc.
Je m’arrête une seconde.
Son mari s’approche.
Pas vite.
Pas comme s’il venait réclamer sa place.
Il vient simplement près d’elle.
Sophie lui tend la main.
Et je comprends définitivement ce qu’elle avait en tête depuis le moment où je suis entré dans ce club.
Pas choisir.
Nous avoir tous les deux.
Elle embrasse son mari.
Longuement.
Puis revient vers moi presque immédiatement.
Je souris.
– Ah d’accord.
– Quoi ?
– Je commence à comprendre.
– Seulement maintenant ?
Marc rit.
– Elle n’était pourtant pas très subtile.
– Merci.
Sophie lui donne une petite tape.
Puis revient contre moi.
Elle m’embrasse.
Se retourne vers lui.
L’attire contre elle.
Pendant quelques secondes, je reste légèrement en retrait.
Pas par manque d’envie.
Parce que leur facilité me fascine.
Il n’y a aucune compétition.
Aucune crispation.
Sophie embrasse son mari avec le même naturel que quelques secondes plus tôt avec moi.
Puis tend sa main dans ma direction.
Sans même regarder.
Comme si elle savait que je suis toujours là.
Je la prends.
Elle me ramène.
– Ne pars pas si loin.
– Je vous regardais.
– Justement.
Elle me fait revenir contre elle.
Marc est derrière.
Moi devant.
Elle se retrouve prise entre nous deux.
Et son visage change immédiatement.
Un soupir.
Les yeux qui se ferment.
Puis ce petit sourire.
Gourmand.
Toujours.
Elle vient chercher ma bouche.
Pendant que Marc embrasse son cou.
Sa respiration devient plus courte.
Elle tourne la tête vers lui.
L’embrasse à son tour.
Puis revient vers moi.
Un coup l’un.
Un coup l’autre.
Comme si elle voulait profiter de chacun séparément avant de nous ramener constamment tous les deux contre elle.
À un moment, je ris.
– Tu vas faire ça longtemps ?
Elle ouvre les yeux.
– Quoi ?
– Passer de l’un à l’autre.
Son sourire devient presque enfantin.
– Pourquoi ? Ça te dérange ?
– Absolument pas.
– Alors oui.
Et elle repart vers Marc.
Il l’embrasse.
Ses mains connaissent manifestement son corps par cœur.
Elle réagit immédiatement.
Un soupir contre sa bouche.
Puis elle tourne déjà le visage vers moi.
– Viens.
Je l’embrasse.
Elle se presse davantage contre moi.
Et derrière elle, Marc continue de la faire frissonner.
Elle ferme les yeux.
– Putain…
Je souris.
– Ça va ?
Elle ouvre un œil.
– Très bien.
Puis elle nous regarde tous les deux.
– Mais vous êtes beaucoup trop habillés.
Marc éclate de rire.
– Elle reprend les commandes.
– Je n’avais pas vraiment arrêté.
Elle attrape ma main.
Puis celle de son mari.
Et nous entraîne vers le fond du club.
Cette pièce que j’avais découverte en arrivant.
Banquette.
Miroirs.
Lumière rouge très faible.
Elle referme la porte.
Puis reste devant.
Nous regarde tous les deux.
Et il y a quelque chose de terriblement excitant dans cette seconde.
La façon dont elle prend le temps.
Dont ses yeux passent de Marc à moi.
De moi à Marc.
Comme si elle savourait déjà la scène avant même qu’elle ait réellement commencé.
– Quoi ? je demande.
– Rien.
– Ce regard ne veut jamais dire rien.
– Tu apprends vite.
Elle vient vers moi.
M’embrasse.
Puis s’écarte aussitôt et va vers son mari.
Lui enlève lentement sa chemise.
L’embrasse dans le cou.
Puis tourne les yeux vers moi.
Elle vérifie que je regarde.
Évidemment que je regarde.
Son sourire revient.
Elle laisse Marc.
Revient vers moi.
Ses doigts passent sous mon t-shirt.
Elle me le retire.
Puis recule légèrement.
Et me détaille.
Cette fois sans tissu pour cacher grand-chose.
Son regard descend sur mon torse.
Mes tatouages.
Mon ventre.
Elle pose les mains dessus.
Simplement.
Comme si elle avait attendu toute la soirée de pouvoir le faire.
– Quoi ?
– J’avais envie de voir.
– Verdict ?
Elle approche.
– J’aime beaucoup.
Et m’embrasse.
Marc arrive derrière elle.
Ses mains trouvent la fermeture de sa robe.
Sophie me regarde pendant qu’il la fait lentement glisser.
Elle ne baisse pas les yeux.
Ne cherche pas à se cacher.
Au contraire.
Quand le tissu tombe, elle lève légèrement les bras.
Comme pour lui faciliter la tâche.
Puis elle se tourne.
Regarde son mari.
– Tu es content ?
– Beaucoup.
Elle sourit.
– Lui aussi.
Marc regarde dans ma direction.
– J’avais remarqué.
Je secoue la tête.
– Vous êtes insupportables.
Sophie revient vers moi.
– On t’avait prévenu.
Elle m’embrasse.
Puis les choses deviennent progressivement plus chaudes.
Plus physiques.
Elle passe encore de l’un à l’autre.
Longtemps.
Elle vient d’abord contre son mari.
Je la regarde l’embrasser.
Ses mains descendre le long de son torse.
Son corps se presser contre le sien.
Puis elle tourne les yeux vers moi.
Encore ce sourire.
Comme si le fait de savoir que je la regarde faisait partie du plaisir.
Elle tend la main.
– Viens.
Je m’approche.
Cette fois, c’est moi qu’elle embrasse.
Marc reste derrière elle.
Ses mains sur ses hanches.
Sa bouche dans son cou.
Elle gémit doucement contre mes lèvres.
Puis rit.
– Quoi ? je murmure.
– Rien.
– Sophie.
Elle nous regarde tour à tour.
– J’aime beaucoup trop ça.
Je crois que cette phrase résume parfaitement la situation.
Elle veut son mari.
Elle me veut moi.
Elle veut surtout ne pas avoir à décider lequel des deux doit la toucher à cet instant précis.
Alors elle organise elle-même le problème.
Quand elle veut Marc, elle se tourne vers lui.
S’abandonne à ce qu’il lui donne.
Quand elle veut moi, elle revient.
M’attire.
Me guide.
Et très vite, le temps entre les deux devient de plus en plus court.
Jusqu’au moment où elle ne veut simplement plus alterner.
Elle nous veut ensemble.
Elle vient au milieu de nous.
Me fait face.
Marc derrière.
Je pose les mains sur ses hanches.
Elle pose les siennes sur mes épaules.
Et son regard me dit très clairement qu’on vient de franchir une nouvelle étape.
– Comme ça ? je demande.
Elle ferme les yeux.
Un sourire.
– Exactement comme ça.
Sa tête bascule légèrement contre mon épaule lorsque Marc se rapproche encore.
Un long soupir.
Puis elle cherche ma bouche.
Je l’embrasse.
Ses doigts se crispent derrière ma nuque.
Elle est littéralement enfermée entre nous.
Et elle adore ça.
Je le sens à chaque respiration.
À la façon dont elle cherche constamment plus de contact.
Plus de chaleur.
Plus de nous.
Elle tourne parfois la tête vers son mari.
L’embrasse.
Puis revient vers moi sans vraiment quitter ses bras.
À un moment elle rit, complètement essoufflée.
– Vous allez me rendre folle…
Marc lui embrasse l’épaule.
Je la regarde.
– C’était pas déjà prévu ?
Elle ouvre les yeux.
– Si.
Puis elle m’attire brutalement contre elle.
La suite devient beaucoup moins raisonnable.
Elle veut tout.
Nos mains.
Nos bouches.
Nos corps contre le sien.
Un moment, elle s’abandonne complètement à Marc.
Je reste près d’elle.
Je l’embrasse.
La regarde perdre progressivement cette assurance qu’elle affichait depuis le début.
Puis elle ouvre les yeux.
Me tend la main.
– À toi.
La simplicité de la phrase me fait rire.
– Tu distribues les tours maintenant ?
– Absolument.
Marc éclate de rire derrière elle.
– Je t’avais dit qu’elle aimait diriger.
– Vous parlez trop.
Elle m’attire contre elle.
Et quelques minutes plus tard, elle a déjà changé d’avis.
Elle cherche à nouveau son mari.
L’embrasse.
Puis me ramène.
Comme si passer de l’un à l’autre ne suffisait plus.
Comme si ce qui l’excitait réellement était précisément de sentir que nous sommes là tous les deux.
Disponible pour elle.
Complices.
Sans jalousie.
Sans compétition.
À plusieurs reprises, Marc et moi croisons notre regard par-dessus son épaule.
Un accord silencieux.
Pas besoin de parler.
Nous savons ce qu’elle veut.
Et elle ne se prive surtout pas de nous le rappeler.
– Tous les deux…
Cette fois sa voix tremble légèrement.
Pas de malice.
Plus vraiment.
Le désir prend le dessus.
Elle se cambre entre nous.
Ses doigts s’accrochent à mes épaules.
Sa tête repart contre Marc.
Puis elle revient chercher ma bouche.
Elle ne sait plus où donner de la tête.
Et elle en rit.
Jusqu’à ce qu’un nouveau frisson la fasse brusquement taire.
Je le sens immédiatement.
Marc aussi.
Son corps se tend.
Elle s’immobilise une seconde.
Puis plusieurs spasmes la traversent.
Ses doigts se crispent.
Son souffle se brise.
Un gémissement lui échappe.
Puis un autre.
Elle ferme les yeux.
Et pour la première fois de la soirée, Sophie ne décide plus de rien.
Elle subit simplement le plaisir qu’elle a passé des heures à provoquer.
Nous la tenons entre nous.
Elle tremble.
Encore.
Puis progressivement se relâche.
Sa tête vient se poser contre mon épaule.
Marc lui caresse doucement les cheveux.
Je passe une main dans son dos.
Quelques secondes de calme.
Puis elle ouvre un œil.
– Pourquoi vous arrêtez ?
Je la regarde.
Marc aussi.
– Sérieusement ? je demande.
– Quoi ?
– Tu viens à peine de reprendre ton souffle.
Elle sourit.
– Et ?
Marc rit.
– Voilà ma femme.
– Tais-toi.
Elle se retourne.
L’embrasse.
Longuement.
Puis revient vers moi.
– J’ai pas fini.
Je secoue la tête.
– Gourmande.
Ses yeux brillent.
– Depuis le début.
Et elle nous ramène immédiatement dans son jeu.
Cette fois, ça devient encore plus libre.
Elle ne sépare presque plus rien.
Elle vient chercher son mari en restant contre moi.
Me ramène alors qu’elle est encore dans ses bras.
Nous rapproche.
Nous repousse parfois pour mieux nous regarder.
Puis nous rappelle immédiatement.
À un moment, elle tourne les yeux vers le miroir.
S’immobilise.
Je suis son regard.
Notre reflet.
Sophie au milieu.
Marc contre elle.
Moi juste devant.
Ses cheveux roux complètement défaits.
Ses joues rouges.
Son corps serré entre les nôtres.
Elle regarde la scène.
Puis croise mes yeux dans le miroir.
Son sourire apparaît.
– Putain…
– Quoi ?
– Regarde-nous.
– C’est ce que je fais depuis tout à l’heure.
Elle rit.
Puis mord légèrement sa lèvre.
– J’adore.
Et l’image semble lui donner encore plus envie.
Elle nous ramène.
Cette fois sans patience.
Tout accélère.
Nos respirations.
Ses réactions.
Les gestes.
Les rires disparaissent progressivement.
Elle gémit sans retenue maintenant.
Un instant, elle cherche Marc.
L’instant suivant, moi.
Puis les deux.
Encore.
Toujours.
Elle veut être serrée.
Maintenue.
Entourée.
Ses mains passent de l’un à l’autre.
Par moments, elle ne sait même plus très bien lequel de nous elle tient.
Et je crois que c’est précisément ce qu’elle voulait depuis le début.
Ne plus choisir.
Ne plus découper.
Simplement s’abandonner à deux hommes qu’elle sait là pour elle.
Son mari.
Et cet acousticien qu’elle avait détaillé de la tête aux pieds dès son arrivée.
Une nouvelle vague de plaisir la traverse.
Plus forte cette fois.
Je la sens se tendre entre nous.
Son souffle devient chaotique.
– Putain… encore…
Ses doigts s’accrochent.
Ses jambes deviennent moins sûres.
Elle nous cherche tous les deux presque désespérément.
Puis ça la traverse.
Vraiment.
Son corps se contracte.
Plusieurs spasmes rapprochés.
Sa bouche reste entrouverte sans qu’aucun mot n’en sorte d’abord.
Puis mon prénom.
Puis celui de Marc.
Je ne sais même pas dans quel ordre.
Et ça me fait sourire malgré tout.
Parce que même maintenant, elle refuse de choisir.
Nous ralentissons.
Elle reste contre nous.
Moite.
Épuisée.
Le front contre mon épaule.
Marc lui embrasse doucement la nuque.
Elle respire encore difficilement.
Puis commence à rire.
Un rire faible.
Complètement vidé.
– Quoi ? je demande.
Elle secoue la tête.
– Rien.
– Encore ?
– Je crois que j’ai eu une bonne idée.
Marc rit.
– Tu crois ?
Elle ouvre les yeux.
Le regarde.
Puis moi.
Et ce fameux regard gourmand revient malgré la fatigue.
– Très bonne.
Cette fois pourtant, elle ne relance rien immédiatement.
Après la folie, tout ralentit.
Nous nous retrouvons sur la banquette.
Sophie entre nous deux.
Épuisée mais visiblement ravie.
Sa tête contre mon épaule.
Une jambe emmêlée avec les miennes.
Marc lui caresse les cheveux.
Je sens encore quelques petits frissons parcourir sa peau.
Personne ne parle pendant un moment.
Puis elle ouvre un œil.
– Alors, monsieur l’acousticien ?
– Quoi ?
– Toujours concentré ?
Je regarde l’heure.
3 h 38.
Puis mon matériel abandonné quelques pièces plus loin.
– Plus vraiment.
Elle sourit.
– Ça se voyait.
Je l’embrasse sur le front.
Marc finit par se redresser.
– Café ?
Sophie lève mollement une main.
– Oui.
Puis ajoute :
– Beaucoup.
Je ris.
Quelques minutes plus tard, nous sommes tous les trois au bar.
Marc derrière la machine à café.
Moi sur un tabouret.
Sophie assise juste à côté.
Sa robe remise à la va-vite.
Cheveux complètement en bataille.
Elle pose sa tête sur mon épaule.
Personne ne semble particulièrement pressé que la nuit se termine.
Marc pose trois cafés.
– Alors ?
Je le regarde.
– Alors quoi ?
– Le club est conforme ?
Je prends ma tasse.
– Pour les nuisances sonores, oui.
Sophie relève la tête.
– Seulement pour les nuisances sonores ?
Je la regarde.
Elle a encore ce sourire.
Celui du début.
Je comprends finalement une chose.
Quand je suis arrivé quelques heures plus tôt et qu’elle m’a détaillé de la tête aux pieds…
Elle ne se demandait pas si quelque chose allait arriver.
Elle savait déjà simplement ce qu’elle voulait.
Je secoue la tête.
– T’avais prévu tout ça depuis quand ?
Elle prend tranquillement une gorgée de café.
– Depuis que tu es entré.
Marc intervient :
– Je confirme.
– Elle t’a vraiment dit quelque chose ?
Il regarde Sophie.
Elle lève un doigt.
– Attention à ce que tu vas répondre.
Il sourit.
– Elle m’a dit : « Lui, j’aime bien. »
Je tourne la tête vers elle.
– Sérieusement ?
Elle hausse les épaules.
– J’avais raison.
– Et ensuite ?
Marc réfléchit.
– Ensuite elle a demandé si ça me dérangeait.
Je regarde Sophie.
– Et ?
Marc répond simplement :
– J’ai dit non.
Voilà.
Pas de drame.
Pas de fantasme de rivalité.
Pas de jeu de jalousie.
Simplement un couple qui parle.
Et décide.
Je bois une gorgée.
Puis pose la question qui me trotte dans la tête depuis un moment.
– Et si je n’avais pas été intéressé ?
Sophie hausse les épaules.
– Il ne se serait rien passé.
Aucune hésitation.
Aucune déception feinte.
– Même après tout ton numéro dehors ?
– Bien sûr.
Elle pose sa tasse.
– J’avais envie de toi. Ce n’est pas la même chose que décider à ta place.
Puis son sourire revient.
– Mais j’avais quand même une assez bonne intuition.
Marc acquiesce.
– Très bonne.
Elle lui donne une tape sur le bras.
Et vient aussitôt poser la main sur sa cuisse.
Ce petit geste me fait sourire.
Parce qu’il dit presque plus que tout le reste.
Ils vont bien.
Ils s’aiment.
Il n’a rien subi.
Elle n’a rien caché.
Ils viennent simplement de m’inviter, pendant quelques heures, dans quelque chose qui leur appartient.
Et bizarrement, c’est probablement ça qui rend toute la soirée aussi excitante.
Il est presque cinq heures lorsque je mets enfin mes valises dans le coffre.
Marc m’aide avec la plus lourde.
Puis me serre la main.
– Merci pour la mission.
– Avec plaisir.
Il regarde Sophie.
Puis moi.
– Visiblement.
– Très drôle.
Sophie le pousse légèrement.
– Laisse-le tranquille.
Marc sourit.
– Bonne route.
Puis repart vers la porte.
Sophie reste près de la voiture.
Quelques secondes.
Puis elle passe ses bras autour de ma nuque.
– Alors, monsieur l’acousticien ?
– Quoi ?
– Maintenant ?
– Maintenant quoi ?
– Tu fais ton rapport très sérieux.
– Évidemment.
– Avec des graphiques ?
– Beaucoup.
– Des tableaux ?
– Aussi.
Elle hoche gravement la tête.
– Parfait.
Puis m’embrasse.
Longuement.
Mais beaucoup plus tendrement que tout ce qui a précédé.
Lorsqu’elle recule, je garde les mains sur sa taille.
– Et après ?
– Après quoi ?
– Le rapport.
Son sourire gourmand apparaît.
– Après, tu reviens faire les mesures de contrôle.
Je ris.
– Techniquement, je n’en ai pas besoin.
Elle se penche vers mon oreille.
– Trouve une raison.
Puis elle s’éloigne.
Je la rappelle.
– Sophie ?
Elle se retourne.
– Oui ?
– Tu fais souvent ça avec les acousticiens ?
Elle prend un air très sérieux.
– Tu es mon premier.
– Acousticien ?
– Acousticien.
– Très rassurant.
Elle réfléchit.
– Mais maintenant que je sais que ça existe comme métier…
Je la regarde.
– N’y pense même pas.
Elle éclate de rire.
Je monte dans la voiture.
Sophie rejoint Marc devant l’entrée.
Il passe un bras autour de sa taille.
Elle vient naturellement se blottir contre lui.
Et juste avant que je démarre, elle me lance une dernière fois ce regard.
Le même que lorsque j’étais entré.
Vert.
Gourmand.
Sauf que maintenant je sais exactement ce qu’il voulait dire.
Je pensais être venu réaliser une étude d’impact des nuisances sonores dans une discothèque.
J’avais découvert un club libertin.
Un couple qui savait exactement ce qu’il voulait.
Et une femme qui, surtout, n’avait jamais eu la moindre intention de choisir entre son mari et moi.
Au final, le niveau musical était conforme.
Le voisinage était tranquille.
L’établissement fonctionnait manifestement exactement comme prévu.
Pour une fois…
je n’avais vraiment aucune réserve à formuler.
S. Vesambre
Ondes de peau
Votes des lecteurs :