Jamais je n’aurais osé si tu ne l’avais pas demandé.
——
Il était plus de minuit quand j’entrai dans le hall de ton immeuble. La chaleur accumulée rendait visqueux l’air de la cage d’escalier. Mes clés tintèrent à peine sur le meuble à l’entrée. Je laissai mes pupilles s’accommoder de la pénombre, l’entrebâillement de ta chambre pour seule source de lumière. Sans doute t’étais-tu encore endormie sur un livre.
Je souris en distinguant les verres teintés de sombre sur la table basse, la bouteille de vin entamée posée au sol. Cet appartement pourrait modeler le monde s’il disposait d’oreilles.
La porte grinça plus que je ne l’aurais voulu, sans que tu réagisses. La lampe projetait un arc orangé sur le mur. Dans un angle, un ventilateur tentait de rendre l’air respirable. Que tu étais belle… Un bras sur tes yeux, l’autre sur le ventre, je ne voyais de ton visage que ton nez et ta bouche sereine. Une jambe sortait du drap remonté jusqu’au bassin. Ta nuisette légère laissait apparaitre l’aréole d’un sein qu’un souffle profond soulevait dans une lenteur hypnotique. De ta poitrine, de ton corps tout entier émanait un magnétisme. Tu émis un soupir lorsque je me lovai contre toi, comme un soulagement.
Je n’éteignis pas tout de suite. Que ta peau était douce… Je posai une main sur ton sein. Tes formes eurent un effet instantané sur les miennes.
Je reculai un peu pour ne pas troubler ton repos. Tu semblais si paisible… C’est alors que tes mots me revinrent, comme une évidence.
——
Nous étions allongés ici même quelques semaines plus tôt, dans cette béatitude après l’amour où les mots sont faciles. Nous égrenions nos fantasmes, libérés de toute pudeur.
Je te confiai entre autres le désir d’absolue passivité, recevoir tout ce que tu accepterais de me donner sans agir en retour, quitte pour cela à avoir les mains attachées. Tu reçus mon aveu d’un silence attentif, ta main caressant machinalement mon torse.
À ton tour tu me livras dans un petit rire ton souhait d’être caressée dans ton sommeil, d’être réveillée par la montée du plaisir. Je m’étonnai de cette envie dont je n’aurais pas eu l’audace, freiné par l’impression d’abuser de toi. Tu balayas cette crainte d’un baiser, affirmant que c’était pour cela que cette idée pouvait naitre. Tu me savais bienveillant en toutes circonstances.
Cette nuit-là fut courte tant nous fûmes impatients de réaliser certains de ces aveux.
——
À nouveau un malaise me traversa à l’idée de toucher ton corps abandonné. Mais après tout il n’était pas si tard et nous n’avions aucune obligation le lendemain. Le moment semblait opportun pour tenter d’exaucer ton désir, en tous cas j’en mourais d’envie.
Je pressai lentement le sein sur lequel ma main était toujours posée. Le téton se fit pointu sous la nuisette. Je relâchai sans hâte l’étreinte pour appliquer le même sort à ton autre rondeur, qui réagit de la même manière. Tu restas immobile, le souffle toujours aussi profond et régulier.
Je soulevai ta main pour libérer le drap et découvrir ton corps avant de la reposer au même endroit. Je posai ensuite la mienne juste en-dessous, en bas de ton ventre. Elle y resta quelques secondes, légère, puis descendit sur le mont de Vénus où je relâchai tout son poids. Ta chaleur traversait les tissus et envahissait ma paume remplie de cette délicate bosse. Je crus entendre une variation dans tes respirations. J’attendis qu’elle se calme avant de poursuivre.
J’ôtai ma main comme on déposerait un oisillon dans son nid et entrepris de remonter ta nuisette, centimètre par centimètre. Peu à peu je dévoilai tes cuisses légèrement écartées et détendues, puis ta culotte en coton où se dessinait sobrement le sillon de ton sexe. Je me retins de l’embrasser. Je remis la main à sa place précédente. Il me sembla percevoir les pulsations régulières sous ta peau. Tu retiras le bras qui couvrait ton visage avec un bref soupir et tournas la tête vers moi pour fuir la lumière. Je restai immobile comme un chat aux aguets, mais tu n’eus pas d’autre réaction.
Alors j’osai descendre encore, sans hâte. Mes doigts se posèrent comme des plumes sur tes lèvres avant d’appuyer un peu. Tes cuisses se refermèrent dans un mouvement réflexe, me pressant contre toi avec un petit gémissement sensuel. Je pensais que le jeu touchait déjà à sa fin, mais tu te relâchas progressivement sans autre manifestation. Je maintenais une pression légère et constante contre ta vulve, n’osant plus bouger d’un millimètre.
Quand enfin je fus sûr de ton sommeil, j’entamai un lent mouvement circulaire. Je devinais sous tes paupières les mouvements rapides de tes yeux. Sans doute ton esprit imaginait-il une histoire concordante avec ces caresses. Un léger son émana de ta bouche et tes cuisses s’écartèrent un peu, comme une invitation à poursuivre. C’est ce que je fis, avec régularité. L’humidité traversait maintenant le coton, dessinant une auréole grandissante. Tes sourcils se contractaient parfois et tu émis des mots inaudibles. Ton bassin s’agita un peu, vint à ma rencontre. J’arrêtai mes gestes sans rompre le contact.
Lorsque tu fus à nouveau apaisée, je jouai cette fois sur la pression croissante et décroissante de ma main pour t’attiser. De délicieux bruits humides produisaient sur mon corps tout autant d’excitation. J’hésitai un instant à te réveiller pour continuer ensemble ce qui avait commencé, mais je repoussai cette idée, soucieux de prolonger autant que possible cette belle expérience.
Mon envie devenait insoutenable à mesure que ton corps s’éveillait. Tes expirations de plus en plus courtes devenaient gémissements. Ton bassin ondulait contre moi lorsque j’arrêtais, comme un « encore ! » supplié. Pourtant ton esprit était encore là-bas, loin de moi. J’ignorais qui de ton sommeil ou de ma volonté craquerait le premier.
Peut-être voulais-je te réveiller lorsque j’osai passer sous le tissu, pourtant il n’en fut rien. Le majeur recouvrait ton sillon mouillé, les autres doigts répartis autour. Ce contact m’électrisa et je frémis contre toi. Tu libéras une expiration longue comme un soulagement muet. Tu prononças un mot qui cette fois était audible : « Oui ».
Je sentais chacun de tes replis palpiter contre moi, les explorant dans un mouvement infime. Je voulais avaler à pleine bouche tes seins tendus vers le ciel, t’embrasser en entrant en toi. Il fallait que cela cesse ! Pourtant je continuai la lente progression, éveillant un à un chaque nerf. Une, puis deux phalanges glissèrent en toi sans rencontrer de résistance. Tu te cambras dans un halètement. Ton sommeil était de plus en plus agité, basculant la tête à gauche, puis à droite. Ta main vint percuter mon torse dans un mouvement brusque, puis se posa sur la mienne, entre tes cuisses.
La paume pressée contre ton clitoris décrivait le même cercle que le doigt en toi. Tes yeux s’entrouvraient par éclairs, ton souffle se rompait, ton bassin se souleva, et alors tout se produisit.
Tes cuisses plaquèrent nos mains contre toi et tout ton corps se raidit. Au même instant, tu ouvris les yeux en poussant un long râle que je ne connaissais pas. Cela dura de longues secondes sans perdre en intensité avant qu’enfin, épuisée tu t’affales.
Je te laissai reprendre tes esprits, la main toujours sous la tienne, immobile. Je cherchais mes mots, ne sachant si je devais m’excuser ou t’embrasser, mais ton éclat de rire dissipa toute culpabilité. « Merci ! » dis-tu en caressant ma joue. « Jamais je n’aurais osé » fut ma seule réponse.
——
La suite était prévisible, tu sus t’occuper de moi. Nous parlâmes encore de nos envies, de tout ce qu’il nous restait à oser ensemble, jusqu’à ce que le sommeil nous reprenne, pour de bon.
Votes des lecteurs :

(3 vote(s), moyenne : 4,67 sur 5)