Séjour en Bretagne 4
Le lendemain mercredi fut en quelque sorte un jour d’abstinence pour Vincent. Il pleuvait et il passa l’après-midi « Chez Marinette » autour du baby-foot. Et le jeudi il se présenta comme convenu chez Madame Kermarec. Il fut accueilli comme la fois précédente par la bonne qui le conduisit au salon. Les choses se passèrent sensiblement comme la fois précédente, à quelques détails prêts. D’abord au moment de la pose, n’ayant pas cette fois été pris au dépourvu, il décida par bravade de ne rien cacher à la bonne. Celle-ci n’eut aucune réaction mais s’adressa à sa patronne qui demandait le porto :
« Si je puis me permettre de suggérer à madame qu’une boisson un peu plus virile conviendrait peut-être à monsieur.
– Bien sûr Marie, apportez donc un cognac » et elle ajouta pour Vincent : « Marie est une perle. »
Et puis madame Kermarec jouit encore plus bruyamment que la semaine précédente, suscitant d’autant plus de plaisir chez son partenaire. Il s’ensuivit que l’invitation fut renouvelée pour le jeudi suivant.
Enfin, toujours imperturbable, Marie lui remit son enveloppe : « Madame vous prie d’accepter ceci, monsieur. » Puis sur un ton beaucoup plus familier elle ajouta : « Dis donc, je ne sais pas ce que tu lui fais, à Kermarec, mais tu la fais grimper aux rideaux. Elle t’a demandé de revenir ?
-Euh, oui…
– (sifflement admiratif) Alors ça c’est exceptionnel ! Bravo ! »
Elle lui ouvre la porte, se ravise et ajoute : « J’ai l’impression que tu dois gagner à être connu. Je termine mon service à 7 heures ; la cuisinière prend le relais. Si tu trainais par là on pourrait faire mieux connaissance. J’ai déjà eu un aperçu, mais ça mérite d’être étudié de plus près. »
Elle referma la porte sans laisser au jeune homme le temps de répondre.
Vincent était surexcité. L’invitation de la bonne était sans ambiguïté, pourquoi y résister ? Mais cela posait de gros problèmes logistiques. S’il ne rentrait pas ce soir, il devait avertir ses grands-parents et trouver un prétexte crédible. Et s’il ne passait pas la nuit avec Marie, où irait-il dormir ? Sur la plage à la belle étoile ? Et puis ses grands-parents n’ayant pas le téléphone il faudrait faire passer le message par sa tante qu’il n’avait pas revu depuis ce dimanche et c’était gênant. Mais de penser à Jeanne lui rappela qu’Yves, son frère cadet, habitait en ville. C’était un peintre, Bohême, bon vivant, célibataire convaincu qui avait dans la famille une réputation de coureur de jupons. Sans doute accepterait-il de lui venir en aide. Encore fallait-il qu’il soit chez lui.
Par chance ce fut le cas. Yves l’accueillit chaleureusement dans son atelier encombré de tableaux de marines et paysages bretons, lui fit signe de s’installer sur un vieux divan où il dut se faire tant bien que mal une place et s’assit lui-même dans un fauteuil au cuir fatigué après avoir tendu au garçon une canette de bière. Il demanda à Vincent ce qu’il était venu faire en ville et celui-ci lui expliqua la situation, ses récentes aventures en passant évidemment sous silence ce qui concernait la famille, son possible rendez-vous du soir et l’embarras dans lequel il était. Tout cela amusa beaucoup Yves et ils échafaudèrent différents plans. Ils finirent par tomber d’accord : Yves téléphonerait à Jeanne en prétendant qu’il avait rencontré Vincent par hasard, l’avait invité à un concert que donnaient des copains et lui demandant de prévenir ses grands-parents qu’il dormirait chez lui et rentrerait le lendemain. Ce qui fit fait. Connaissant son frère, Jeanne insista pour qu’il ne débauche pas son neveu dans des plans peu recommandables mais se chargea de faire la commission.
A 7 heures moins le quart Vincent faisait les cent pas aux abords de chez madame Kermarec. A 7 heures moins cinq il vit entrer une petite femme rondelette, la cuisinière pensa-t-il. A 7 heures Marie sortit et l’aperçut.
« Tu es ponctuel. Tu étais impatient ?
C’est pas tout ça, j’ai un petit creux. Tu aimes les crêpes ? »
Sans attendre de réponse, elle l’entraina vers une 2CV et ils roulèrent jusqu’au centre ville.
Ils entrèrent dans la crêperie et Marie s’adressa au patron :
« Bonsoir Mimi, tu as une table pour nous ?
– Bien sûr ! Installez-vous là-bas, dans le coin vous serez tranquilles. »
Après avoir passé la commande, Marie demanda :
« Alors tu connais la Lecoz, vous avez baisé ? C’était bien ?
– Euh… Lecoz…
– Maryvonne Lecoz. C’est elle qui t’as recommandé à Kermarec, non ?
– Ah oui, Maryvonne… Oui… Je ne connaissais pas son nom.
-Je la trouve un peu vulgaire. Je ne comprends pas que Cécile et elle soient copines. Enfin si, elle lui facilite des rencontres. En général ils sont quand même plus âgés que toi. Et ça va rarement plus loin qu’une séance. Toi tu bas des records ! Si tu as un don caché, j’ai hâte de le découvrir ! »
Il pensa devoir régler l’addition mais elle intervint :
« Tu es mon invité ; Je ne veux pas te faire dépenser un argent gagné à la sueur de ton front. »
Il rougit de cette allusion mais elle ajouta aussitôt en riant :
« Je te préviens : moi je serai moins généreuse que Kermarec. »
Elle habitait dans un petit immeuble à deux pas de la crêperie. Elle le fit entrer dans une grande pièce, apparemment une pièce unique salon salle-à-manger avec coin cuisine et une alcôve dont le lit occupait pratiquement tout l’espace. C’est là qu’elle le dirigea directement en disant :
« Bon, il est temps de passer aux choses sérieuses.
Ah ! À moins que tu me trouves trop jeune pour toi ! »
Devant son air confus elle éclata de rire et entreprit de déboutonner sa chemisette. Une fois qu’elle l’eut entièrement dévêtu elle lui dit de se coucher et se déshabilla à son tour très calmement. Vincent comprit que c’était elle qui mènerait le jeu.
Il la trouva superbe ; des cuisses fuselées, un ventre plat, des seins légèrement piriformes qui, libérés du soutien-gorge, n’avaient nul besoin de lui pour se tenir. Au-dessus de la fente de sa chatte le rectangle de toison était du même roux que ses cheveux. Voyant où s’attardait son regard elle commenta :
« Je parie que tu n’as encore jamais baisé avec une rouquine. Tu vas pouvoir faire un vœu. Et maintenant laisse-toi faire, bébé. »
Elle s’assoit au bord du lit et, le fixant droit dans les yeux, entreprend de le branler lentement. Les bras en croix et comme hypnotisé, il ne peut détacher son regard de celui de Marie qui, calme et sérieuse, varie savamment le rythme de sa masturbation. Experte, elle veille à faire durer le plaisir. Elle suspend son geste à intervalles réguliers pour un baiser prolongé, puis reprend sa caresse. Vincent ressent dans son bas-ventre des contractions presque douloureuses mais délicieuses. Il est partagé entre des désirs contradictoires, celui de se soulager quand il sent l’éjaculation imminente et celui que s’éternise ce plaisir. Marie fait parfaitement alterner ces sensations. Vincent, le souffle court, gémit doucement. Elle sourit, satisfaite de ce qu’elle lui procure.
Elle se lève, va chercher dans un petit coffre une poignée de préservatifs qu’elle jette nonchalamment sur le lit. Elle déchire l’emballage de l’un d’eux et le dispose sur le sexe tendu du garçon avec un commentaire laconique : « Passons aux choses sérieuses, bébé. »
Debout sur le lit elle enjambe le garçon, le chevauche et s’accroupit au-dessus de lui. Il sent son sexe entrer en contact avec la vulve ouverte, s’y introduire progressivement. Le contact est doux et chaud. Le va-et-vient, d’abord lent, se fait peu à peu plus rapide. Marie commence à émettre de petits cris à l’unisson des gémissements de Vincent. Elle se laisse aller contre lui, ses seins s’écrasent sur sa poitrine, elle poursuit son mouvement de hanches. Il éjacule. Parcourue d’un grand frisson elle pousse un long cri aigu, donne un dernier coup de rein et s’abandonne sur lui, le souffle court. Ils restent ainsi un moment, l’un dans l’autre, silencieux. Puis quand elle sent mollir et se rétracter en elle le pénis de son partenaire, elle roule sur le côté, l’embrasse et constate :
« Eh bien toi, tu m’as bien faite jouir. Et toi, ça t’a plu ?
-Oh oui, Marie ! C’était incroyable ! Je ne sais pas comment tu fais pour… »
Elle l’interrompt d’un petit rire :
« C’est l’expérience, bébé ! »
Elle le débarrasse du préservatif qu’elle pose dans une coupe en céramique près du lit et lui tend une serviette.
Elle se lève. Il craint de devoir en faire autant ; peut-être va-t-elle lui demander de s’en aller. Il se redresse mais elle l’arrête :
« Non, ne bouge pas, je reviens. »
Elle va chercher dans le coin cuisine une bouteille et deux verres et revient s’assoir en tailleur près de lui.
« C’est un rhum arrangé que me fournit un copain antillais. Exactement ce qu’il nous faut.
Et alors je suis curieuse ; comment tu l’as rencontrée, la mère Lecoz ? »
Il lui raconte l’achat des préservatifs, le bal, ce qui amuse Marie. L’ambiance étant amicale et détendue, il se confie, parle de ses tantes, d’Alice, de Gaëlle…
« Eh bien on peut dire que tu auras profité de tes vacances, bébé. »
Leurs jeux se sont prolongés tard dans la nuit. Ils ont fini par s’endormir dans les bras l’un de l’autre. Il ne l’a pas entendu se lever et quand elle le réveille en lui apportant une tasse de café elle est fraîche et pimpante, prête à se rendre chez madame Kermarec.
« Ne te presses pas, moi je dois aller au boulot. Tu peux prendre une douche. Tu tireras juste la porte en partant. »
Sur le seuil elle se ravise, revient poser un petit baiser sur sa bouche et disparait.
Vincent a trainé un peu au bord de la mer en attendant l’heure du retour. Dans l’autocar, troublé par ses récents succès amoureux, il regarde les passagères qui l’entourent. Ces deux adolescentes qui chuchotent et pouffent de rire ; ce jeune couple et leur gamin, probablement des estivants ; cette jolie femme d’environ trente-cinq ans qui feuillette un magazine, lui a jeté un coup d’œil et un bref sourire avant de se replonger dans sa lecture ; ou même cette femme d’un certain âge, son sac sur les genoux, qui regarde défiler le paysage… Est-il possible que toutes ces femmes soient de potentielles partenaires ? La lectrice lui plairait bien, mais à la sortie du car il ne trouve ni les mots ni le courage de l’aborder et ils s’en vont chacun de leur côté.
